mercredi 17 août 2011

L'Allemagne et l'Europe













Pourquoi pensez-vous que l’Allemagne a maintenant une politique économique totalement égoïste en Europe ? Qu’elle est incapable d’avoir une attitude européenne universaliste ? Parce que les vieux paramètres sous un mode doux, apaisé, sont toujours là. C’est-à-dire qu’aucune idée d’un homme universel européen n’amène l’Allemagne à prendre en charge, avec sa puissance économique, l’ensemble de l’Europe. L’Allemagne et le Japon sont des pays apaisés, de vraies démocraties (avec un avantage pour les Japonais, qui ont le sens de l’humour), mais juger un pays sereinement, c’est dire ce qu’il a de bien et de pas bien. Et l’histoire de l’Allemagne est une très grande histoire, une histoire tragique, immense, mais il faut admettre la réalité, et actuellement toute la conception allemande de l’économie est asymétrique. L’excédent commercial systématique, c’est une vision asymétrique qui reproduit l’asymétrie de la vieille famille paysanne allemande. Donc les déterminants anthropologiques, sous une forme adoucie, sont toujours là. Donc, convergence des civilisations, oui un peu. Mais pas de rapprochement dans un type humain unique. C’est comme l’horizon, vous voyez, il s’éloigne à mesure qu’on s’en rapproche.
(...)
Pour revenir au présent, quand l’Allemagne s’est autonomisée par rapport aux Etats-Unis pendant la guerre d’Irak, on pouvait y voir le début d’une conscience européenne, avec entente parfaite entre Français et Allemands. J’y ai cru. Mais il est apparu ensuite qu’envoyer paître les Américains n’était qu’un premier pas, le suivant étant d’envoyer paître les Européens eux-mêmes. Et aujourd’hui, dans les opérations en Libye, on retrouve comme par hasard les trois vieilles démocraties occidentales. Parce qu’en son sens le plus étroit la démocratie occidentale, au départ, son noyau fondateur, c’est la France, l’Angleterre et les Etats-Unis, le monde de Tocqueville.


Emmanuel TODD
, Allah n'y est pour rien !, Paris, Loubiana - arretsurimage.net, 2011, pp.73-74 et p. 78.
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