lundi 26 septembre 2011

Etat d'urgence

















"Le mot morale, en politique, doit s'écrire légèrement, si possible à l'encre sympathique. Mais dans le destin d'une nation, est précieuse l'idée que nous ne sommes pas ensemble par hasard. Ou plus exactement que le hasard qui nous fait vivre ensemble demande qu'on lui donne du sens. Nous sommes tous des histoires différentes. Mais tous nous transmettons un bien commun aux enfants que nous élevons. Car c'est tout un pays qui élève nos enfants, pas seulement une famille, des parents, des éducateurs, mais un pays, sa langue, sa culture, le projet qu'il porte sur notre continent et dans le monde.

(...)

L'immigration est devenue comme une obsession. Les échecs, ils sont nombreux, de l'intégration désignent, comme une radiographie, comme un scanner, tout ce qui est en panne dans la société, depuis l'enfance jusqu'à la famille, en passant par l'école et par l'urbanisme. Les prophètes de malheur promettent qu'on renverra les immigrés chez eux. Les humiliés de la vie se vengent souvent ainsi, au travers de cette haine de peau, des difficultés que les temps leur réservent. L'on se bat à coups de chiffres falsifiés ou réels, comme si cette angoisse cherchait des preuves et des points d'appui. En même temps, ignorer que nous allons vivre ensemble, que l'avenir de la France, "'mère des arts, des armes et des lois", ce sont ces cultures mêlées, ces peaux mêlées, ces accents qui un jour s'unifieront, c'est se priver d'incroyables forces de vie. Cependant, dans la cité, quand deux garçons sur trois sont au chômage et "tiennent les murs", bien sûr tout va mal, tout ne peut qu'empirer. Et les filles sont victimes aussi, directes ou indirectes, elles qui font des prodiges d'intégration. Et quand l'école est en échec, il n'est pas d'intégration qui vaille. Tout se tient, le chômage, l'intégration, la place des femmes et tout tient à la santé du pays."

François BAYROU, 2012 état d'urgence, Paris, Plon, 2011, p. 157 et pp. 51-52.
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