samedi 24 septembre 2011















"Le développement qui se voudrait solution ignore que les sociétés occidentales sont en crise du fait même de leur développement. Celui-ci a en effet secrété un sous-développement intellectuel, psychique et moral. Intellectuel, parce que la formation disciplinaire que nous, Occidentaux, recevons, en nous apprenant à dissocier toute chose nous a fait perdre l'aptitude à relier et, du coup, celle à penser les problèmes fondamentaux et globaux. Psychique, parce que nous sommes dominés par une logique purement économique qui ne voit comme perspective politique que la croissance et le développement, et que nous sommes poussés à tout considérer en termes quantitatifs et matériels. Moral, parce que partout l'égocentrisme l'emporte sur la solidarité. De surcroît, l'hyperspécialisation, l'hyperindividualisme, la perte des solidarités débouchent sur le mal-être, y compris au sein du confort matériel.
L'Occident ressent en lui un vide et un manque : de plus en plus d'esprits désemparés font appel aux psychanalyses et aux psychothérapies, au yoga, au bouddhisme zen, aux marabouts, etc. D'aucuns essaient de trouver dans les cultures et les sagesses d'autres continents des remèdes à la vacuité créée par le caractère quantitatif et compétitif de leur existence. Nous vivons ainsi dans une société où les solutions que nous voulons apporter aux autres sont devenues nos problèmes."

Edgar MORIN, La Voie, Paris, Fayard, 2011, pp. 26-27.
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