mercredi 19 octobre 2011

La culture-monde













"Jusqu'alors la culture était ce qui ordonnait clairement les existences, ce qui donnait sens à la vie en l'encadrant par tout un ensemble de divinités, de règles et de valeurs, de systèmes symboliques. C'est à rebours de cette logique immémoriale que fonctionne la culture-monde, laquelle ne cesse de désorganiser notre être-au-monde, les consciences et les existences. Nous sommes au moment où toutes les composantes de la vie sont en crise, déstabilisées, privées de coordonnées structurantes. Eglise, famille, idéologies, politique, rapports entre les sexes, consommation, art, éducation : il n'est plus un seul domaine qui échappe au processus de déterrritorialisation et de désorientation. La culture-monde ou planétaire fait éclater tous les systèmes de repères, elle brouille les frontières entre "nous" et "eux", la guerre et la paix, le proche et le lointain, elle vide les grands projets collectifs de leur puissance d'attraction, elle bouleverse sans répit les modes de vie et les manières de travailler, elle bombarde les individus d'informations aussi pléthoriques que chaotiques. Il en résulte un état d'incertitude, de désorientation sans pareil, généralisé, quasi total. Les cultures traditionnelles créaient un monde "plein" et ordonné entraînant une forte identification à l'ordre collectif et par là même une assurance identitaire permettant de résister aux innombrables difficultés de la vie. Il en va tout autrement dans la seconde modernité où le monde, délesté d'encadrements collectifs et symboliques, se vit dans l'insécurisation identitaire et psychologique. Il y avait une intégration et une identification sociales des individus qui allaient de soi : nous avons dorénavant une fragilisation croissante ainsi qu'une individuation incertaine et réflexive."

Gilles LIPOVETSKY, Le règne de l'hyperculture : cosmopolitisme et civilisation occidentale in Hervé JUVIN et Gilles LIPOVETSKY, L'Occident mondialisé, Controverse sur la culture planétaire, Paris, Grasset et Fasquelle, 2010. Le Livre de Poche "biblio essais", p. 15-16.



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