samedi 29 octobre 2011

La ville (suite)





















L'urbanisme

"Une ville qui n'évolue pas meurt lentement. Plus elle possède un patrimoine historique large et précieux, plus il est difficile de la garder vivante tant est répandue l'idée qu'un nouveau bâtiment qui se voit vraiment est inapproprié. 
(...)
On détruit avec beaucoup moins de gène qu'on en a à construire. Les témoignages de l'esprit des décennies passées sont souvent vite effacés: bistrots, cinémas du XX° siècle obtiennent en silence l'autorisation de disparaître à jamais. 
(...)
On n'a pas su faire vivre en ville des populations comme on a su le faire dans des régions rurales ou semi-rurales, avec un vrai voisinage. Le drame, c'est encore d'avoir construit ex nihilo des villes nouvelles, avec beaucoup de vide, sans liant, et de grandes opérations urbaines dont aucune n'a su convaincre sur le plan de l'humanité.

Une tour doit être fière...

Elle se voit de loin et, par la force des choses, elle est monumentale. Elle doit donc être identitaire, singulière. Une tour doit être fière, ou alors elle doit changer de métier ! Et en même temps, chaque tour doit avoir des raisons profondes d'être comme elle est, où elle est, elle doit correspondre à un héritage, avec ses racines. Les racines, ce sont souvent des correspondances avec la structure de la ville, les liens avec un climat, avec une culture localisée, mais aussi avec l'époque, ses nouvelles technologies comme aujourd'hui celles tournées vers l'écologie.


Le métier d'architecte

On ne peut pas faire ce métier d'architecte si on n'aime pas les personnes pour qui on construit, celles qui vont habiter l'architecture, et si l'on méprise les lieux où l'on construit. Je revendique cette approche humaniste. L'Histoire montre qu'une ville conçue sans ces préoccupations génère de la violence. Les espaces publics peu fréquentés sont les plus insécures, la sécurité des personnes est à la base un problème de conception urbaine. Urbain veut aussi dire aimable, accueillant. Au nom de nos valeurs - fraternité, égalité -, refusons toute forme d'exclusion et regardons la ville comme un territoire de liberté qui offre toujours mille possibles. Laissons aux misanthropes leurs lointains quartiers de maisons isolées et clôturées."

Jean NOUVEL in "Le Monde", numéro daté du Samedi 29 octobre 2011, p. 4-5.
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