vendredi 11 novembre 2011

















"Dans la Grande Guerre, je voyais le prototype de toutes les guerres. Une guerre qualifiée de boucherie par ceux qui, comme mon père, y combattirent : obus, mitraille, corps-à-corps quand la baïonnette s'enfonce dans la poitrine, gaz qui, eux, tuent à petit feu. Une guerre qui pendant plus de quatre années opposa deux nations hautement civilisées, au point de croire qu'elles étaient seules à l'être, et s'accusant désormais mutuellement de barbarie, méconnaissant le fait, devenu plus évident depuis, que la barbarie ne s'oppose pas à la civilisation mais est au coeur de la civilisation. L'homme le plus cultivé, épris de musique et de peinture, ou même, comme Jünger, de livres précieux, ou serviteur de Dieu comme un certain pape, laisse commettre des crimes sans réagir, à moins qu'il n'en commette lui-même, innommables, par machine anonyme interposée.

La Grande Guerre : deux nations "civilisées", deux nations limitrophes s'entre-tuent. A croire que c'est le plus proche notre pire ennemi, notre presque semblable - presque, pas tout à fait -, notre cible d'élection.
Guerre civiles, guerres de religion... La liste est longue, elle s'allonge chaque jour."

Jean-Bertrand PONTALISUn jour le crime, Paris, Gallimard, 2011, p. 18-19.

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