samedi 26 novembre 2011

La faim dans le monde
















"Il faut encore savoir que dans les zones rurales d'Asie et d'Afrique, les femmes subissent une discrimination permanente liée à la sous-alimentation ; c'est ainsi que dans certaines sociétés soudano-sahéliennes ou somaliennes, les femmes et les enfants de sexe féminin ne mangent que les restes des repas des hommes et des enfants de sexe mâle.
Leurs enfants en bas âge souffrent de la même discrimination. Les veuves et les deuxième et troisième épouses endurent un traitement discriminatoire encore plus marqué.
Dans les camps de réfugiés somaliens sur terre kenyane, les délégués du haut-commissariat de l'ONU pour les réfugiés luttent quotidiennement contre cette coutume détestable : chez les éleveurs somaliens, les femmes et les jeunes filles ne touchent à la bassine de mil ou aux restes de mouton grillé qu'après le repas des hommes. Les hommes se servent, puis vient le tour des enfants mâles. A la fin du repas, quand les hommes ont quitté la pièce avec leurs fils, les femmes et les filles s'approchent de la natte où sont posées les bassines contenant quelques boulettes de riz, les reliefs de blé, un lambeau de viande que les hommes ont laissés. Si la bassine est vide, les femmes et les fillettes resteront sans manger.
Un mot encore sur les victimes : cette géographie et  ces statistiques de la faim désignent comme telles au moins un être sur sept sur la terre.
Mais quand on adopte un autre point de vue, quand on ne considère pas l'enfant qui meurt comme une simple unité statistique, mais comme la disparition d'un être singulier, irremplaçable, venu au monde pour vivre d'une vie unique et qui ne reviendra pas, la pérennité de la faim destructrice dans un monde regorgeant de richesses et capable de "décrocher la lune" apparaît encore plus inacceptable. Massacre de masse des plus pauvres."

Jean ZIEGLER, Destruction massive, Paris, Seuil, 2011, p. 47-48.
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