samedi 24 décembre 2011

Noël !




"Noël, puissance d'un regard qui dans l'infime, perçoit l'infini ! Le patois des bergers résonne comme la langue universelle, qu'on a raison d'appeler espéranto. Les éloges prononcés par des gens qui sont au bord de la tombe deviennent le grand bonjour à un monde neuf et beau. Toute la nuit est un poème qui tire d'insolites clartés des mots les plus communs.


L'espérance donne un corps à ce qui n'est qu'un souffle. A Noël, l'hiver commence à peine, mais déjà dans le secret des fibres monte la sève, et chaque jour ramène  un peu plus tôt l'aurore.


Rien n'est gagné encore, et il faudra beaucoup de temps. Patience, mon coeur ! Dieu s'est enfoncé dans l'humanité plus longtemps que dans le tombeau. Ici, trois jours - ses amis n'en ont pas moins désespéré. Là, trente années, pendant lesquelles il s'est contenté d'être un gars du pays, bornant sa vie à l'immuable horizon de collines et d'oliviers. La mère a-t-elle pour autant douté ?


Il faut comprendre pourquoi la fête de Noël donne une telle place à Marie. Parce qu'elle est la mère de l'enfant qui vient de naître, cela va sans dire. Mais aussi parce qu'elle nous invite à considérer le meilleur au coeur du pire, dans les temps, les choses, et les gens. Elle nous demande en souriant d'attendre que les faits accomplissent les discrètes appréhensions de l'esprit. Malgré les années et les déceptions, elle a maintenu ferme son rêve pur.


Nous fêtons, à Noël, la patience et la lucidité d'un sentiment qui sait voir et attendre, longtemps avant que le jour rougeoie. Cette crèche est un royaume, ce faible enfant, une puissance qui monte."

France QUEREMarie, Paris, Desclée de Brouwer, 1996, p. 73-74.

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