lundi 24 décembre 2012

Noël !













"Nous savons tous à quel point le Christ aujourd'hui est signe d'une contradiction qui, en dernière analyse, vise Dieu lui-même. Toujours de nouveau, Dieu lui-même est considéré comme la limite de notre liberté, une limite à éliminer afin que l'homme puisse être totalement lui-même. Dieu, avec sa vérité, s'oppose au mensonge multiple de l'homme, à son égoïsme et à son orgueil.

Dieu est amour. Mais l'amour peut aussi être haï, quand il exige que l'on sorte de soi-même pour aller au-delà de soi. L'amour n'est pas une sensation romantique de bien-être. La rédemption n'est pas wellness, un bain d'auto-complaisance, mais une libération de l'être compressé dans son propre moi. Cette libération a pour prix la souffrance de la Croix. La prophétie sur la lumière et la parole sur la Croix vont de pair."

Joseph Ratzinger BENOÎT XVI, L'enfance de Jésus, Paris, Flammarion, 2012, pour l'édition française, p. 122.

dimanche 2 décembre 2012

Sens et non-sens : éloge de la contemplation

















"Ce monde que nous n'avons pas créé, il ne nous reste qu'à le contempler pour tenter de nous unir à lui dans sa radicale étrangeté.
(...)
Beaucoup plus tard, du temps où triomphait une sémiologie s'annexant tous les arts, à commencer par la peinture, et même toutes les productions humaines et le moindre de nos comportements, une réticence ne m'a pas quitté et s'est ancrée en moi, à l'égard du tout-langage, jusqu'à me faire voir dans le langage lui-même une sorte de prison où voudrait m'enfermer quelque tyran imbu de ses pouvoirs. Face à cette tyrannie j'aspirais à un hors-langage où je serais libre. Je refusais l'idée, que je jugeais totalitaire, qui veut que tout ait un sens. Je ne voulais pas être réduit à un sujet de l'Empire des signes. Je revendiquais l'existence d'un territoire du non-sens où pourraient se déployer librement mes émotions, mes passions inexplicables, mes émois furtifs et troublants, mes vagues rêveries, où mes changements d'humeur inattendus - de la gaieté à la tristesse - ne donneraient pas lieu à quelque inquisition. Oui, je ne voulais pas être exproprié de ce territoire muet."

Jean-Bertrand PONTALIS, Avant, Paris, Gallimard, 2012, pp. 80 et 114.

jeudi 29 novembre 2012

La Chine et le temps


"Les Chinois fêtent le printemps en plein hiver, au tout début du mois de février, quand la neige recouvre encore le sol. Non pas au moment tardif où les bourgeons éclatent, mais au moment initial où la sève commence à peine à remonter dans les racines. Rien ne se voit encore, mais quelque chose déjà s'engage, un processus s'amorce, dont le résultat apparaîtra plus tard. Si une transformation est "silencieuse", c'est qu'elle est à la fois globale et continue, donc ne se démarque pas, donc aussi qu'on ne la remarque pas. Je crois que nous ferions bien de méditer ces stratégies d'amorçage et de maturation, si nous voulons faire sortir les politiques démocratiques de la pression de l'urgence exercée par les sondages comme aussi des événements "sonores" que mettent en scène les médias. Ces événements ne sont en fait que l'effleurement sonore de transformations silencieuses."

François JULLIEN, Nous devons apprendre de la pensée chinoise des stratégiess d'amorce et de maturation in "Le Monde" daté du jeudi 29 novembre 2012.

mardi 27 novembre 2012

La crise













"Les dernières manifestations du processus de crise signent l'échec de l'expérience néo-libérale. Mais il nous faut voir cet échec non pas comme le mauvais fruit d'une déréglementation aveugle, mais bien plutôt comme celui d'une organisation. Déréglementation il y a eu, certes, mais qui n'a pas laissé place à un chaos, comme se plaisent à le dire tant de commentateurs. Un système complexe, ancré sur différentes institutions, dont les banques centrales indépendantes et les agences de notation fournissent les éléments les plus visibles, a pris la place de l'ancienne organisation qui soumettait les économies à une réglementation poussée, y compris dans les pays de grande tradition libérale. Le retrait stratégique de l'Etat a permis l'installation discrète d'un pouvoir dissimulé dans les infrastructures financières occidentales, d'autant plus difficile à atteindre et à maîtriser qu'il se présente comme une sorte de fait de la nature, sous la forme d'une prise en charge des marchés par les institutions de marché. L'expérience néo-libérale nous appelle ainsi à un exercice intellectuel dont l'enjeu déborde celui de sa compréhension. Il nous semble en effet impossible d'avancer vers une organisation nouvelle sans prendre conscience de l'existence jusqu'ici pérenne de cette organisation néo-libérale qui nous gouverne aussi discrètement  que puissamment."

Jean-Luc GRÉAU, La Grande Récession (depuis 2005), Paris, Gallimard, 2012, pp. 12-13.

jeudi 22 novembre 2012

Le Jugement dernier














"Quel regard pose-t-on sur autrui, sinon pour le réduire à son histoire ? L'humain est pour nous la somme de ses actes. Nous jugeons ce que nous voyons. Nous tentons parfois de percer les apparences, de démasquer les hypocrisies, de traverser les étiquettes, mais notre savoir sur autrui est limité. Le "Ne vous posez pas en juges" alerte sur le danger de croire définitif notre savoir sur les autres. Bref, le Jugement dernier réserve à Dieu la  possibilité d'accéder au mystère d'autrui. Et il conteste notre volonté de nous emparer du mystère de sa vie. La foi au Jugement divin est l'ultime résistance contre la volonté mortifère de réduire l'être humain au déroulement de son histoire.
J'insiste : il y a, en chacun, une part imprenable dont nul ne peut disposer, un "Je suis" auquel personne ne peut accéder sauf Dieu. On ne le répétera jamais assez fort : ce qu'est l'humain, ultimement, nul ne peut en disposer ou l'enfermer dans un savoir définitif. En chacun de nous, un sujet demeure inaccessible à la prise des autres, un "Je suis" imprenable auquel personne ne peut accéder sauf Dieu. Je ne suis pas ce que mon histoire dit de moi. Je suis ce qu'un Autre dira de moi."

Daniel MARGUERAT, Mystère d'autrui in Marie BALMARY et Daniel MARGUERAT, Nous irons tous au paradis, Le Jugement dernier en question, Paris, Albin Michel, 2012, p.83.

mardi 20 novembre 2012

Des économistes et de l'argent (encore et toujours...)















"Le capitalisme est le moment de l'extension infinie de l'aliénation par la dictature des objets. L'argent, équivalent général de tous les objets, est ce qui peut croître à l'infini (1).
(...)
Le PIB, le produit intérieur brut, est un outrage infligé aux hommes (2).
(...)
Mesure-t-on l'ignominie d'une notion qui se targue de mesurer le bonheur humain (plus le PIB augmente, plus tu es content) ? Ressent-on l'infamie des hommes de la statistique, experts, financiers et journalistes infiniment commentateurs de la croissance ou du niveau des exportations ? Au lieu de vie, ces gens ânnonent des chiffres à des oreilles qui sont devenues sensibles à des décimales après la virgule. L'homme n'est plus qu'un chiffre dans un tableau, un taux d'accidents de la route en baisse ou de suicides en hausse, une machine à parler de la croissance qui croit donner son opinion et un mort qui croit voter (3).
(...)
Ne plus pouvoir se passer de chiffres que personne ne croit est la marque d'une société qui tolère qu'à heures fixes on vienne égrener les cours de la Bourse pour ceux qui n'ont pas d'actions. L'Etat et le marché pensent l'homme moderne comme moyenne, preuve "de la décadence démocratique, fille du nombre et de la quantité" (Thierry Maulnier). L'incapacité d'imaginer l'homme autrement que comme une moyenne, enserré dans un échantillon avec sa distribution de fréquence, son mode, sa médiane et ses seuils de fiabilité, l'appel incessant au camouflage de la pensée par les sondages, traduisent aussi la monétarisation de la vie, l'obligation qui nous est faite de la mesurer et de la comparer, avec, au bout du compte, l'étalon universel : l'argent. La statistique est le masque mortuaire de "l'homme changé en argent et de l'argent incarné en homme (4) ". (5)
__________________

(1) Bernard MARIS, Marx, ô Marx, pourquoi m'as-tu abandonné ?, Paris, Flammarion, 2012, pp. 21-22.
(2) Ibid.
(3) Ibid. pp. 22-24.
(4) Karl MARX, Economie et philosophie, "Notes de lecture", in Oeuvres, t. II, p. 21. (cité in B. MARIS, op. cit., p. 23)

vendredi 2 novembre 2012

De la vie ...

 


















"Réfléchir sur la vie - sur la vie en face de la mort - sans doute n'est-ce guère qu'approfondir son interrogation. Je ne parle pas du fait d'être tué, qui ne pose guère de question à quiconque a la chance banale d'être courageux, mais de la mort qui affleure dans tout ce qui est plus fort que l'homme, dans le vieillissement et même la métamorphose de la terre (la terre suggère la mort par sa torpeur millénaire comme par sa métamorphose, même si sa métamorphose est l'oeuvre de l'homme) et surtout l'irrémédiable, le : tu ne sauras jamais ce que tout cela voulait dire. En face de cette question, que m'importe ce qui n'importe qu'à moi ? Presque tous les écrivains que je connais aiment leur enfance, je déteste la mienne. J'ai peu et mal appris à me créer moi-même, si se créer, c'est s'accommoder de cette auberge sans routes qui s'appelle la vie. J'ai su quelquefois agir, mais l'intérêt de l'action, sauf lorsqu'elle s'élève à l'histoire, est dans ce qu'on fait et non dans ce qu'on dit. Je ne m'intéresse guère. L'amitié, qui a joué un grand rôle dans ma vie, ne s'est pas accommodée de la curiosité. Et je suis d'accord avec l'aumônier des Glières - mais s'il préférait qu'il n'y eût pas de grandes personnes, lui, c'est que les enfants sont sauvés...
Pourquoi me souvenir ?
Parce que, ayant vécu dans le domaine incertain de l'esprit et de la fiction qui est celui des artistes, puis dans celui du combat et dans celui de l'histoire, ayant connu à vingt ans une Asie dont l'agonie mettait encore en lumière ce que signifiait l'Occident, j'ai rencontré maintes fois, tantôt humbles et tantôt éclatants, ces moments où l'énigme fondamentale de la vie apparaît à chacun de nous comme elle apparaît à presque toutes les femmes devant un visage d'enfant, à presque tous les hommes devant un visage de mort. Dans toutes les formes de ce qui nous entraîne, dans tout ce que j'ai vu lutter contre l'humiliatioin, et même en toi, douceur dont on se demande ce que tu fais sur la terre, la vie semblable aux dieux des religions disparues m'apparaît parfois comme le livret d'une musique inconnue." 

André MALRAUX, Le miroir des limbes, I. Antimémoires, Paris, Gallimard, "Bibliothèque de la Pléiade, 1976, p. 4.

jeudi 1 novembre 2012

En la fête de tous les saints

 


















 "Le Seigneur foule le pressoir
et rouge est son vêtement.
Il balaie d'un puissant balai de fer
la terre entière.
Il annonce en des grondements de tempête
sa venue dernière. 
Nous entendons le fantastique mugissement
mais seul le Père sait l'heure.

Qui nous conduira 
de la nuit vers la lumière ?
Comment l'effroi prendra-t-il fin ?
Où donc s'abat le châtiment sur les pécheurs ?
Quand tournera le destin ?"

Edith STEIN, La Puissance de la Croix, Paris, Nouvelle cité, 1982, pp. 98-99.

lundi 29 octobre 2012

Albert Camus

 













"L'auteur de Noces fut un homme rassemblé : la vie philosophique existe avec la totale adéquation entre l'oeuvre et l'existence. La lecture croisée de tous les livres d'Albert Camus, le déchiffrage de ses correspondances publiées ou inédites, la connaissance du travail effectué par les biographes de référence - Herbert Lottman et Olivier Todd -, à l'exclusion de toute la littérature de glose qui enfume plus qu'elle n'éclaire, permettent de remplacer la légende par l'histoire. La légende de Camus est négative : elle parle mal d'un homme bien - comme celle de Freud, positive, parle bien d'un mauvais homme.
(...)
Camus brille dans l'histoire de la philosophie comme un penseur de l'immanence radicale. Au XXe siècle, nul philosophe n'épuise à ce point la matière concrète du monde, la prose tangible du réel, en économisant les tics de la corporation philosophante et en empruntant la plume du poète. Comme Nietzsche."

Michel ONFRAY, L'ordre libertaire, La vie philosophique d'Albert Camus, Paris, Flammarion, 2012, pp. 24-25 et p. 30.

dimanche 30 septembre 2012

L'espérance















"Celui qui espère l'avènement d'un monde où régnera la justice ne se borne pas à affirmer qu'un tel monde est infiniment préférable à un monde injuste, il proclame que ce monde sera, et c'est en cela qu'elle (l'espérance) est prophétique. Mais nous voyons par là plus distinctement en quoi consiste le courage qui est le ressort de l'espérance.
Réfléchissant au cours de la dernière guerre sur ses caractéristiques et évoquant la condition tragique des prisonniers, je fus amené à me demander si, en dernière analyse, l'espérance ne pouvait pas toujours être regardée comme une réaction active contre un état de captivité. Peut-être ne sommes-nous capables d'espérer que dans la mesure où nous nous reconnaissons d'abord comme captifs, cette servitude pouvant d'ailleurs se présenter sous des aspects très divers, tels que la maladie ou l'exil. (On comprendra par là pourquoi dans certains pays où la technique sociale est poussée très loin, où une sorte de confort est assuré à tous, l'espérance s'étiole et avec elle la vie religieuse tout entière. La vie s'immobilise, et un ennui invincible se répand partout.) L'espérance serait donc liée à un certain tragique. Espérer, c'est porter en moi l'assurance intime que, quelles que puissent être les apparences, la situation intolérable qui est présentement la mienne ne peut pas être définitive, elle doit comporter une issue.
(...)
L'être qui espère est comme intérieurement actif, bien qu'il ne soit pas facile de définir la nature de cette activité. Il semble bien que ce soit cette fois encore l'inter-subjectivité qui nous donne le mot de l'énigme. Rappelons-nous ce que fut l'expérience de ceux qui, sur un territoire provisoirement asservi, persistèrent à espérer la libération. Espérer, ce n'était pas espérer pour soi tout seul, c'était répandre cette espérance, c'était entretenir une certaine flamme autour de soi (1)."

Gabriel MARCEL, Le mystère de l'être, II Foi et réalité, Paris, Aubier, 1951.

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(1) C'est moi qui souligne.

samedi 29 septembre 2012

Les liens que nous ne pouvons pas nouer...

 














"Notre vie est impossibilité, absurdité. Chaque chose que nous voulons est contradictoire avec les conditions ou les conséquences qui y sont attachées, chaque affirmation que nous posons implique l'affirmation contraire, tous nos sentiments sont mélangés à leurs contraires. C'est que nous sommes contradiction, étant des créatures, étant Dieu et infiniment autres que Dieu.
***
La contradiction seule fait la preuve que nous ne sommes pas tout. La contradiction est notre misère, et le sentiment de notre misère est le sentiment de la réalité. Car notre misère, nous ne la fabriquons pas. Elle est vraie. C'est pourquoi il faut la chérir. Tout le reste est imaginaire.
***
 Les liens que nous ne pouvons pas nouer sont le témoignage du transcendant."

Simone WEIL, La pesanteur et la grâce, Paris, Plon, 1948, pp. 112-113.

mardi 25 septembre 2012

La voix humaine












11 septembre 2012

Lisant le tout récent opuscule de Michel Serres – ce génial philosophe-pédagogue - me revient, au détour d’une page qu’il consacre à la misère de l’hôpital, l’écho lointain d’un récit d’André Malraux. Il s’agit, dans l’Espoir, d’une visite que Manuel rend à un camarade blessé au combat.  Ce dernier est soigné dans une salle de l’hôpital San Carlos que l’écrivain compare à un « aquarium » :

« La salle était très élevée, éclairée du haut par des soupiraux presque entièrement bouchés de plantes à larges feuilles, que traversait la lumière du plein été. Ce jour verdâtre  ces murs immenses et sans trous, sauf si on levait la tête, et ces personnages en pyjamas dont les corps noués glissaient sur leurs béquilles dans la paix inquiète  de l’hôpital, ces ombres vêtues de pansements comme d’un costume de mi-carême, tout cela semblait un royaume éternel de la blessure, établi là hors du temps et du monde. »

Dans cet « aquarium » pour mourants agonise un jeune combattant de vingt-deux ans :

« De l’un des lits du centre partaient sans arrêt ces gémissements où la douleur devient plus forte que toute expression humaine, où la voix n’est plus que l’universel aboiement de la souffrance, le même chez les hommes et les animaux : des jappements qui suivent le rythme de la respiration, et dont celui qui écoute sent qu’ils vont s’arrêter avec le souffle. »

Etrange intuition-anticipation de ce que l’auteur de Lazare sera amené à vivre, lorsqu’il frôlera lui-même la mort, dans sa chambre d’hôpital ?

« Que valent les mots en face d’un corps déchiqueté ? Maintenant que le garçon avait amené sa douleur jusqu’au silence, la mère faisait la seule chose qu’elle pût faire : elle l’embrassait. »

Corps torturés des mourants. Je retrouve chez Serres la même pudeur et le même humanisme empreint d’une immense pitié pour l’être écrasé par le Mal et broyé par la souffrance.

« Savants, riches ou puissants du monde, écrit Michel Serres, n’évitez pas ces lieux où l’on entend souffrance, pitié, colère, angoisse, cris et larmes, prière parfois, exaspération, supplication de celui qui appelle celle qui n’appelle pas ou déplore celle qui ne répond pas, silence tendu des uns, effarement des autres, résignation de la plupart, reconnaissance aussi… Qui n’a jamais eu à mêler sa voix à ce concert dissonant sait sans doute qu’il souffre, mais ignorera toujours ce que signifie « Nous souffrons », la commune lallation émanée de l’antichambre de la mort et des soins, purgatoire intermédiaire où chacun redoute et espère une décision du destin. Si vous vous posez la question : Qu’est-ce que l’homme ?, vous donnez, vous entendez, vous apprenez ici la réponse, à travers ce brouhaha. (…)
Voilà le bruit de fond, la voix humaine que recouvrent nos discours et bavardages (1). »

Ainsi le philosophe fait-il écho au lyrisme du grand romancier :

« A travers la porte ouverte de la grande salle, avec leurs profils d’éclopés des Grandes Compagnies, les blessés dont le bras était plâtré marchaient, leur bras saucissonné de linge tenu loin du corps par l’attelle, comme des violonistes, violon au cou. Ceux-là étaient les plus troublants de tous : le bras plâtré a l’apparence d’un geste, et tous ces violonistes fantômes, portant en avant leurs bras immobilisés et arrondis, avançaient comme des statues qu'on eût poussées, dans le silence d'aquarium renforcé par le bourdonnement clandestin des mouches. (2). »
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(1) Michel SERRES, Petite poucette, Paris, Edtions Le Pommier, 2012, p. 57.
(2) André MALRAUX, L’Espoir, Paris, Gallimard, 1938.

samedi 28 juillet 2012

Du Vel'd'Hiv au stade de Londres















La cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques d'été de 2012 restera sans doute comme une tentative réussie de vendre au monde l'image d'un Royaume uni, fier de sa grandeur passée et confiant en son avenir.
Le parti pris d'optimisme, l'attitude conquérante, le pari fait sur la jeunesse, l'énergie, la modernité ne peuvent que souligner, par contraste, le manque de foi et le défaut de leadership qui caractérisent notre pays.
L'éclatante réussite, après celle du Jubilé de la reine Elizabeth II, de cette ouverture londonienne des Jeux olympiques fait apparaître plus cruellement les insuffisances françaises - celles, par exemple, de nos représentants échouant à imposer la candidature de Paris.

L'événement est révélateur de l'état d'esprit d'un peuple qui sait, dans l'adversité comme dans la conquête, se montrer solidaire de ses dirigeants.
Quand nos hommes politiques, de Jacques Chirac à François Hollande, se complaisent dans la repentance et l'auto-flagellation, ressassant à satiété le souvenir des jours les plus sombres de notre histoire, les responsables britanniques savent montrer la voie de la réussite et tirer le meilleur parti des atouts dont dispose leur pays.

On se demande quelle sombre satisfaction peuvent tirer nos hommes politiques et certains leaders d'opinion de leur sempiternel retour sur les divisions qui firent - et font toujours - tant de mal à notre pays. Le devoir de mémoire, si nécessaire qu'il soit, exigerait-il de conduire jusqu'à ce qui peut apparaître comme une falsification de l'Histoire ? (1)
Car il n'est pas honnête de prétendre que le gouvernement de Vichy, ses traîtres et ses renégats, sa Milice et ses tortionnaires aient à eux seuls représenté, incarné la France - une France que certains voudraient, pour l'éternité, coupable !

La France, la vraie France, - la France éternelle, disait de Gaulle -  n'était-elle pas plutôt à Londres, à Koufra avec la France combattante, dans les maquis des Glières et du Vercors, et encore parmi les Justes qui, au risque de leur vie, sauvèrent tant de Juifs de la déportation et de la mort ?

Jean-Pierre Chevènement a raison de poser la question (à propos de la commémoration de la rafle du Vel d'Hiv) : "Vichy, laver ou noyer la honte ? (2)"
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(1) "Vichy n'était pas la République. C'était sa négation." (Jean-Pierre Chevènement)

(2) http://www.chevenement.fr/Vichy-laver-ou-noyer-la-honte_a1416.html

lundi 2 juillet 2012

La "réalité" ...















"What is meant by "reality" ? It would seem to be something very erratic, very undependable - now to be found in a dusty road, now in a scrap of newspaper in the street, now a daffodil in the sun. It lights up a group in a room and stamps some casual saying. It overwhelms one walking home beneath the stars and makes the silent world more real than the world of speech - and then there it is again in an omnibus in the uproar of Piccadilly. Sometimes, too, it seems to dwell in shapes too far away for us to discern what their nature is. But whatever it touches, it fixes and makes permanent. This is what remains over when the skin of the day has been cast into the hedge ; that is what is left of past time and of our loves and hates."

Virginia WOOLF, A Room of One's Own, London, Quentin Bell a Angelica Garnett, 1928 (Penguin Books, 1973, p. 108).

lundi 25 juin 2012

Verba volant...



















"... Mais est-on encore dans l'information ? Si l'on définit celle-ci comme le fait de porter à la connaissance de tous des faits nouveaux qui étaient ignorés, sans doute pas. Car, comme on le voit dans le cas du tweet de Mme Trierweiler, il s'agit moins d'informer que de commenter. Moins d'éclairer sur la réalité que de peser sur elle. Le statut du tweet n'est pas éloigné de celui de la lettre ouverte, qui feint de s'adresser à un destinataire unique en s'adressant en fait à tous. Ce réseau social, à première vue égalitaire, trace une frontière infranchissable entre ceux dont les réflexions perdurent et construisent l'actualité, et ceux dont la parole s'envole aussitôt proférée."

François JOST,  Twitter, un univers faussement égalitaire in "Le Monde", numéro daté du vendredi 22 juin 2012.

mercredi 30 mai 2012

Actualité de Pascal





















"La pensée des Pensées s'inscrit au carrefour d'une culture européenne qui, depuis la Renaissance, oppose foi et doute, raison et religion. La culture française est, au sein de la culture européenne, celle où s'est mené de la façon la plus radicale le débat/combat entre ces diverses instances, et Pascal est celui qui inclut, dans son propre esprit, ce combat qui oppose les esprits en France. Au lieu de voir dans la foi, le doute, la raison, la religion des instances ennemies et exclusives l'une de l'autre, il en fait les éléments, conflictuels mais aussi complémentaires, de sa propre tragédie intérieure.
L'opposition entre l'ordre absurde de la foi et l'ordre empirico-rationnel de la science s'accompagne chez lui d'une complémentarité dialogique de l'un et de l'autre. Foi, doute, raison, religion se rencontrent, s'entre-combattent et se nourrissent l'un de l'autre. La grandeur de Pascal est d'avoir rendu complémentaire et fécond leur affrontement.
...
L'actualité de Pascal

Penseur de la complexité de l'être humain dans le monde, Pascal est d'une actualité inouïe. L'effondrement du déterminisme absolu dans la science, l'effondrement d'une conception téléguidée de l'histoire en ascension vers le progrès, tout cela constitue un retour profond de l'incertitude dans la connaissance. La conscience rationnelle accrue des limites de la raison, y compris scientifique (Popper, Gödel, et autres), le confirme. Le surgissement des apories en toutes les avancées de la pensée scientifique nous fait retrouver spontanément l'idée de Pascal (et de Niels Bohr) selon laquelle le contraire d'une vérité profonde n'est pas une erreur, c'est une autre vérité profonde."

Edgar MORIN, Mes philosophes, Paris, Germina, 2011, p. 50 et 53.

jeudi 17 mai 2012

La République















"La France, qui combine unité administrative et diversité anthropologique, est en Europe, et probablement dans le monde, une exception historique.
(...)
Le racisme, dans ce patchwork de moeurs et de coutumes qu'est la France, trouve un mauvais terrain. Son influence, sans être nulle bien sûr, ne peut guère s'étendre au-delà de quelques petits cercles d'intellectuels sans prise sur les processus politiques.  Il est trop dangereux pour l'unité nationale.
(...)
Les défenseurs autoproclamés de l'identité nationale ne comprennent pas l'histoire de leur propre pays. Osons le dire : ils sont aveugles à la subtilité et à la vérité du génie national qui combine unité de projet et gestion pragmatique de diversité."

Hervé LE BRAS & Emmanuel TODD, L'invention de la France, Paris, Gallimard, 2012, pp. 10-12.

lundi 14 mai 2012

Aliénation

















"Le déficit de notre balance intellectuelle n'a plus rien à envier à la commerciale. Il ne nous est même plus donné de choisir le thème de nos colloques, et, notre bon maître renouvelant ses stocks à toute allure, nos meilleurs élèves planchent avec application sur des lubies un peu bêta importées en cinq sec des Etats-Unis : le nouvel ordre mondial, la fin de l'Histoire, le choc des civilisations, l'Europe, Vénus  et l'Amérique, Mars, etc. Tous thèmes déjà traités, bien avant Huntington et Fukuyama, et avec une autre profondeur, par Fernand Braudel, Alexandre Kojève, Henri Lefebvre et d'autres, mais que le zèle du colonisé impose comme des sujets de bac  à nos debaters professionnels, qui s'en voudraient de citer les pionniers indigènes - quand ils ne les ignorent pas. Ils n'ont pas tort, question carrière : sans un tampon de l'Ivy League ou un statut de visiting professor, impossible, pour un penseur européen non labélisé, de se faire connaître en dehors de ses frontières. Aliénation : le concept est passé de mode, le tremplin fait des merveilles. Si notre petit monde intellectuel et universitaire qui en aurait pourtant l'obligation et le temps, préfère la resucée glamour à l'idée de départ, comment l'exiger de ceux qui comme vous courent au plus pressé : la manchette du jour ?"


Régis DEBRAY, Rêverie de gauche, Paris, Flammarion, 2012, pp. 68-69.

samedi 12 mai 2012

Les intellectuels et la Nation












« La modernité ne cesse de développer la communication mais dans le même élan rompt les liens les plus anciens : ainsi le pavage ou le macadam, de même que la semelle de nos chaussures, nous séparent de la Terre. »

Erik Orsenna, Sur la route du papier. Petit précis de mondialisation III


Nombreuses sont les raisons qui, à mon sens, peuvent expliquer la constante dérive qui conduisit à l’érosion du sentiment national. Certaines sont assurément positives, ainsi une légitime méfiance à l’égard d’un nationalisme exacerbé responsable de deux conflits mondiaux ; la volonté de construire sur les décombres de la guerre une nouvelle Europe, pacifique et solidaire – avec son corollaire, l’affaiblissement du sentiment national au profit d’un idéal (utopique ?) européen : la nouvelle patrie, ce sera l’Europe. On voit aujourd’hui l’irréalisme de telles bonnes intentions dès qu’elles se heurtent à ces faits têtus que sont l’existence des nations et de leurs intérêts divergents.

On ne saurait impunément faire fi de la géographie ni de l’histoire…
(En témoigne, d’ailleurs, l’essor contemporain de disciplines comme la géopolitique, la démographie, l’anthropologie, la polémologie, etc.).


***

La dévalorisation du métier d’enseignant s’est accompagnée d’une fragilisation du recrutement. Dans le même temps, l’université française versait dans l’idéologie (massification, cooptation), au risque de voir s’exiler les meilleurs cerveaux.

Les modes succédaient aux modes dans les milieux pédagogiques, les réformes aux réformes au gré des ministres, avec pour conséquence une dégradation des savoirs fondamentaux (lire, écrire, compter) au sortir de l’école primaire et un abandon de la discipline de la part d’un corps enseignant souvent impuissant ou démotivé.

La crise de mai 68, à cet égard, marque un tournant décisif, et son influence reste grande sur toute la génération aujourd’hui aux commandes de la société.

Les années Mitterrand, qui avaient débuté dans la fidélité à l’idéal socialiste d’égalité en s’inscrivant dans la continuité d’une certaine pratique marxiste de la politique (nationalisations – notamment celle d’une grande partie du secteur bancaire) s’achevèrent dans le culte de l’argent et l’apologie de fait d’un social libéralisme bien proche du néolibéralisme qui lui succéda (1).

Les médias sont désormais entre les mains de cette génération post-soixante-huitarde, génération « libertaire » (quand ce n’est pas libertine, aux dires de certains…) pour laquelle il n’est plus de valeurs que relatives.

Et voici le mal le plus pernicieux : le relativisme !

Alibi du multiculturalisme comme d’un laïcisme militant  - à l’opposé d’une laïcité bien comprise ouvrant à la tolérance -, le relativisme se pare des vertus du droit-de-l’hommisme et, par un retournement caractéristique, débouche de fait sur l’interventionisme : au plan intérieur, c’est l’interdiction du voile islamique ; en politique étrangère, c’est la problématique expédition de Libye.
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(1) "Je n'ignore pas les facteurs objectifs qui ont conduit, dans les années Mitterrand, à fusionner les sphères du pouvoir et de l'argent : la libre circulation des capitaux, l'écart croissant des rémunérations, du double au quadruple, entre le privé et le public, les privatisations des entreprises publiques conduites par la droite, etc..." Régis DEBRAY, Rêverie de gauche, Paris, Flammarion, 2012, pp. 25-26.

L'éducation (encore et toujours)














« Puisque tout recommence toujours, ce que j’ai fait sera, tôt ou tard, une source d’ardeurs nouvelles après que j’aurai disparu. »
 Charles de Gaulle, Mémoires de guerre. Le Salut


"S'il y a une France identique à elle-même au-delà des circonstances qui en constituent le cheminement d’ombre et de lumière, cette France-là ne s’accomplit, dans son être, dans sa destinée, dans sa parole de vie et jusque dans la mort même de sa parole que par l’incarnation de l’esprit dans la terre de France, que par la transmutation de cette terre en termes d’esprit, d’intelligence, de sacrifice, de géopolitique transcendantale." 
Dominique de Roux, De Gaulle.

Nous sommes dans l’histoire immédiate. Ainsi le veut l’accélération du temps et des rythmes de vie à l’époque contemporaine.


Le temps paraît manquer pour la réflexion.
La société de l’information, avec son bombardement incessant de nouvelles non hiérarchisées et rarement mises en perspective, accouche, victime de ses propres contradictions, de son contraire : la désinformation. Insidieusement, l’information ainsi dévoyée entrebâille la porte à la propagande. Aliénation.


Un autre aspect aliénant de l’époque me paraît dû à l’oubli de l’Histoire. Par légèreté ou délibérément, les responsables politiques en charge de l’éducation nationale ont, durant des décennies, négligé la place que devait tenir dans les programmes scolaires l’enseignement de l’Histoire.
Dans un pays ouvert au monde, à la modernité, et qui se veut accueillant aux flux migratoires favorisés par la mondialisation, c’est à l’éducation nationale (donc, par définition, civique) que revient désormais le rôle d’exposer et d’expliquer la longue chaîne d’événements, d’œuvres d’art et de littérature, de traditions mais aussi de sacrifices qui peuvent fonder en raison le sentiment d’appartenance à une communauté nationale.
A cet égard, il serait bon d’étudier de près l’exemple américain afin, peut-être, de s’en inspirer.
Dans une société devenue, dans les faits, multiculturelle, c’est aux institutions – et, au premier chef, à l’école – qu’il incombe de prendre le relais de traditions familiales désormais multiples et diverses. (Ceci est d’autant plus nécessaire, la conscription ayant été abolie, que l’école reste la principale voire l‘unique institution à laquelle revient cette tâche d’édification du lien social.).

lundi 7 mai 2012

8 mai 1945-8 mai 2012


"Comme toujours, c'est du creuset des batailles que sortira l'ordre nouveau et il sera finalement rendu à chaque nation suivant les oeuvres de ses armes."

Charles de Gaulle (1940)

mardi 27 mars 2012

Clio











 








"Je suis toujours extrêmement surpris de l'absence à peu près complète de la dimension historique (la géographie, n'en parlons pas !) chez des esprits du vingtième siècle comme Valéry, Gide, Proust, Breton, et tant d'autres. Rien de tel, il faut le noter, n'était sans doute concevable au siècle dernier, où le sens de l'Histoire, au moins, était à peu près universel chez les esprits marquants."

Julien GRACQ, Entretiens, Paris, José Corti, 2002, pp. 161-162.

dimanche 18 mars 2012

Les devoirs de la presse


"Un journal indépendant donne l'origine de ses informations, aide le public à les évaluer, répudie le bourrage de crâne, supprime les invectives, pallie par des commentaires l'uniformisation des informations et, en bref, sert la vérité dans la mesure humaine de ses forces."

Albert CAMUS pour "Le Soir républicain" (1939).

jeudi 9 février 2012

Et un sourire






















La nuit n'est jamais complète
Il y a toujours puisque je le dis
Puisque je l'affirme
Au bout du chagrin une fenêtre ouverte
Une fenêtre éclairée
Il y a toujours un rêve qui veille
Désir à combler faim à satisfaire
Un coeur généreux
Une main tendue une main ouverte
Des yeux attentifs
Une vie la vie à se partager.

Paul ELUARD, Le phénix (1951), Paris, Gallimard, 1968. Collect. "La Pléiade", T. 2,  p. 444.

mardi 24 janvier 2012

Pierre Bourdieu et le pouvoir symbolique














"C'est la demi-science qui produit, dans le monde intellectuel, les révolutionnaires en chambre, qui reprochent, implicitement ou explicitement, aux gens ordinaires leur soumission à l'ordre établi, mais ne voient pas qu'ils font preuve eux-mêmes, dans le domaine où s'exerce leur propre activité, du conformisme le plus total à l'égard des exigences spécifiques et vues de l'extérieur, plus ou moins arbitraires qu'implique l'appartenance à un champ scolastique.
Une des façons dont la sociologie, telle que la comprend Bourdieu, contribue à faire la lumière ou, en tout cas, à nous donner plus de lumière est qu'elle nous fait découvrir non seulement plus de grandeur et plus de bassesse dans l'homme en général, mais également plus de grandeur dans le commun des hommes et plus de bassesse dans ceux qui sont les plus élevés, ce qui, à coup sûr, ne facilite pas son acceptation par les seconds."

Jacques BOUVERESSE, Pierre Bourdieu, Blaise Pascal et les demi-savants de la philosophie in "Le Monde" daté du mardi 24 janvier 2012.

mardi 17 janvier 2012

De l'amour


La pensée du jour :

"Deux mythes puissants nous ont fait croire que l'amour pouvait, devait se sublimer en création esthétique : le mythe socratique (aimer sert à "engendrer une multitude de beaux et magnifiques discours") et le mythe romantique (je produirai une oeuvre immortelle en écrivant ma passion)."


Roland BARTHES, Fragments d'un discours amoureux, Paris, Seuil, 1977, p. 113.

samedi 14 janvier 2012

Europe-Amérique




















"Les sociétés européennes sont nées du labeur de générations de paysans misérables. Elles ont souffert des siècles durant des habitudes guerrières de leurs classes dirigeantes. Elles n'ont découvert que tardivement la richesse et la paix. On peut en dire autant du Japon et de la plus grande partie des pays de l'Ancien Monde. Toutes ces sociétés conservent, dans une sorte de code génétique, une compréhension instinctive de la notion d'équilibre économique. Sur le plan de la morale pratique on y associe encore les notions de travail et de récompense, sur le plan comptable celles de production et de consommation.La société américaine est en revanche le produit récent d'une expérience coloniale très réussie mais non testée par le temps : elle s'est développée en trois siècles par l'importation sur un sol doté de ressources minérales immenses, très productif sur le plan agricole parce que vierge, d'une population déjà alphabétisée. L'Amérique n'a vraisemblablement pas compris que sa réussite résulte d'un processus d'exploitation et de dépense sans contrepartie de richesses qu'elle n'avait pas créées.(...)L'Amérique s'est toujours développée en épuisant ses sols, en gaspillant son pétrole, en cherchant à l'extérieur les hommes dont elle avait besoin pour travailler."


Emmanuel TODD, Après l'empire, Paris, Gallimard, 2002, p. 203-204.

vendredi 13 janvier 2012

La jeunesse, clé du développement
















"Au sud, la mondialisation a fait sortir de la pauvreté plus d'un milliard de personnes pour faire émerger une nouvelle classe moyenne, qui bénéficie de la réduction de près de 30% de l'écart de niveau de vie avec les pays développés depuis 1990. Jeune, urbaine, éduquée, ouverte sur le monde, elle constitue la clé du développement. Elle tolère de moins en moins les humiliations, les inégalités et les injustices propres aux régimes autoritaires et corrompus. Elle se fait de plus en plus critique devant l'absence d'Etat de droit et le contrôle de la population par les autorités. Elle a en tout cas ruiné le pseudo-consensus de Pékin qui postulait la supériorité des régimes autoritaires dans la conduite du développement. Internet et les réseaux sociaux, de l'Egypte à la Russie en passant par l'Iran, s'affirment comme le symbole de son émancipation et l'instrument de sa mobilisation.
Elle ne se sent pas davantage tenue par le contrat politique prétendant associer dictature, stabilité et développement, que par les valeurs d'un Occident qu'elle juge décadent."

Nicolas BAVEREZ, La lutte des classes moyennes in "Le Monde" daté Mardi 10 janvier 2012.






lundi 2 janvier 2012

La langue française




















"Il y a un rapport entre la langue et la pensée : on ne peut pas penser une chose clairement si on ne peut la dire clairement. Les mots nous aident à communiquer, à comprendre ce que dit l'autre, à nous faire comprendre. C'est la base de tous les rapports. La correction de la grammaire et le respect des nuances de sens entre les mots permettent d'éviter des malentendus. Je n'en démordrai pas : la langue est le moyen d'éviter la violence. Si on ne peut pas se faire comprendre, on passe aux coups. La fidélité à sa propre langue est aussi le signe même de la liberté et de l'indépendance. Par notre langue, nous pouvons répandre les idées qui sont les nôtres, nous affirmer. Pour un pays, l'usage de la langue signifie l'indépendance."

Jacqueline de ROMILLY, "Protéger le français, c'est essentiel" in Les grands entretiens de l'Express, Paris, Express Roularta Editions, 2011, p. 176.