mardi 20 novembre 2012

Des économistes et de l'argent (encore et toujours...)















"Le capitalisme est le moment de l'extension infinie de l'aliénation par la dictature des objets. L'argent, équivalent général de tous les objets, est ce qui peut croître à l'infini (1).
(...)
Le PIB, le produit intérieur brut, est un outrage infligé aux hommes (2).
(...)
Mesure-t-on l'ignominie d'une notion qui se targue de mesurer le bonheur humain (plus le PIB augmente, plus tu es content) ? Ressent-on l'infamie des hommes de la statistique, experts, financiers et journalistes infiniment commentateurs de la croissance ou du niveau des exportations ? Au lieu de vie, ces gens ânnonent des chiffres à des oreilles qui sont devenues sensibles à des décimales après la virgule. L'homme n'est plus qu'un chiffre dans un tableau, un taux d'accidents de la route en baisse ou de suicides en hausse, une machine à parler de la croissance qui croit donner son opinion et un mort qui croit voter (3).
(...)
Ne plus pouvoir se passer de chiffres que personne ne croit est la marque d'une société qui tolère qu'à heures fixes on vienne égrener les cours de la Bourse pour ceux qui n'ont pas d'actions. L'Etat et le marché pensent l'homme moderne comme moyenne, preuve "de la décadence démocratique, fille du nombre et de la quantité" (Thierry Maulnier). L'incapacité d'imaginer l'homme autrement que comme une moyenne, enserré dans un échantillon avec sa distribution de fréquence, son mode, sa médiane et ses seuils de fiabilité, l'appel incessant au camouflage de la pensée par les sondages, traduisent aussi la monétarisation de la vie, l'obligation qui nous est faite de la mesurer et de la comparer, avec, au bout du compte, l'étalon universel : l'argent. La statistique est le masque mortuaire de "l'homme changé en argent et de l'argent incarné en homme (4) ". (5)
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(1) Bernard MARIS, Marx, ô Marx, pourquoi m'as-tu abandonné ?, Paris, Flammarion, 2012, pp. 21-22.
(2) Ibid.
(3) Ibid. pp. 22-24.
(4) Karl MARX, Economie et philosophie, "Notes de lecture", in Oeuvres, t. II, p. 21. (cité in B. MARIS, op. cit., p. 23)
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