mardi 27 novembre 2012

La crise













"Les dernières manifestations du processus de crise signent l'échec de l'expérience néo-libérale. Mais il nous faut voir cet échec non pas comme le mauvais fruit d'une déréglementation aveugle, mais bien plutôt comme celui d'une organisation. Déréglementation il y a eu, certes, mais qui n'a pas laissé place à un chaos, comme se plaisent à le dire tant de commentateurs. Un système complexe, ancré sur différentes institutions, dont les banques centrales indépendantes et les agences de notation fournissent les éléments les plus visibles, a pris la place de l'ancienne organisation qui soumettait les économies à une réglementation poussée, y compris dans les pays de grande tradition libérale. Le retrait stratégique de l'Etat a permis l'installation discrète d'un pouvoir dissimulé dans les infrastructures financières occidentales, d'autant plus difficile à atteindre et à maîtriser qu'il se présente comme une sorte de fait de la nature, sous la forme d'une prise en charge des marchés par les institutions de marché. L'expérience néo-libérale nous appelle ainsi à un exercice intellectuel dont l'enjeu déborde celui de sa compréhension. Il nous semble en effet impossible d'avancer vers une organisation nouvelle sans prendre conscience de l'existence jusqu'ici pérenne de cette organisation néo-libérale qui nous gouverne aussi discrètement  que puissamment."

Jean-Luc GRÉAU, La Grande Récession (depuis 2005), Paris, Gallimard, 2012, pp. 12-13.
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