jeudi 22 novembre 2012

Le Jugement dernier














"Quel regard pose-t-on sur autrui, sinon pour le réduire à son histoire ? L'humain est pour nous la somme de ses actes. Nous jugeons ce que nous voyons. Nous tentons parfois de percer les apparences, de démasquer les hypocrisies, de traverser les étiquettes, mais notre savoir sur autrui est limité. Le "Ne vous posez pas en juges" alerte sur le danger de croire définitif notre savoir sur les autres. Bref, le Jugement dernier réserve à Dieu la  possibilité d'accéder au mystère d'autrui. Et il conteste notre volonté de nous emparer du mystère de sa vie. La foi au Jugement divin est l'ultime résistance contre la volonté mortifère de réduire l'être humain au déroulement de son histoire.
J'insiste : il y a, en chacun, une part imprenable dont nul ne peut disposer, un "Je suis" auquel personne ne peut accéder sauf Dieu. On ne le répétera jamais assez fort : ce qu'est l'humain, ultimement, nul ne peut en disposer ou l'enfermer dans un savoir définitif. En chacun de nous, un sujet demeure inaccessible à la prise des autres, un "Je suis" imprenable auquel personne ne peut accéder sauf Dieu. Je ne suis pas ce que mon histoire dit de moi. Je suis ce qu'un Autre dira de moi."

Daniel MARGUERAT, Mystère d'autrui in Marie BALMARY et Daniel MARGUERAT, Nous irons tous au paradis, Le Jugement dernier en question, Paris, Albin Michel, 2012, p.83.
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