dimanche 2 décembre 2012

Sens et non-sens : éloge de la contemplation

















"Ce monde que nous n'avons pas créé, il ne nous reste qu'à le contempler pour tenter de nous unir à lui dans sa radicale étrangeté.
(...)
Beaucoup plus tard, du temps où triomphait une sémiologie s'annexant tous les arts, à commencer par la peinture, et même toutes les productions humaines et le moindre de nos comportements, une réticence ne m'a pas quitté et s'est ancrée en moi, à l'égard du tout-langage, jusqu'à me faire voir dans le langage lui-même une sorte de prison où voudrait m'enfermer quelque tyran imbu de ses pouvoirs. Face à cette tyrannie j'aspirais à un hors-langage où je serais libre. Je refusais l'idée, que je jugeais totalitaire, qui veut que tout ait un sens. Je ne voulais pas être réduit à un sujet de l'Empire des signes. Je revendiquais l'existence d'un territoire du non-sens où pourraient se déployer librement mes émotions, mes passions inexplicables, mes émois furtifs et troublants, mes vagues rêveries, où mes changements d'humeur inattendus - de la gaieté à la tristesse - ne donneraient pas lieu à quelque inquisition. Oui, je ne voulais pas être exproprié de ce territoire muet."

Jean-Bertrand PONTALIS, Avant, Paris, Gallimard, 2012, pp. 80 et 114.
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