mardi 24 décembre 2013

La Nativité
















"Et elle enfanta son fils premier-né ; elle l'enveloppa de langes et le coucha dans une crèche ... " (Luc, 2,7)

"Je suis né, né pour vous, né dans une grotte, en décembre, dans le froid, l'abandon, au milieu d'une nuit d'hiver, dans une pauvreté inconnue des plus pauvres, une solitude, un délaissement uniques au monde... Qu'est-ce que je vous apprends, mes enfants, par cette naissance ? ... à croire à mon amour, Moi qui vous ai aimés jusque-là ... à espérer en Moi, Moi qui vous aime tant ; (...) Moi qui, par ma bonté inouïe, ne me donne pas à vous, à ma naissance, pour quelques jours, pour quelques années, mais qui suis entre vos mains pour y être désormais jusqu'à la fin des temps..."

Charles de FOUCAULD, Lettres et carnets, Paris, Seuil, 1966, pp. 93-94.

jeudi 19 décembre 2013

Crise d'identité ou choc des civilisations ?














"... quand, sous la mince pellicule d'universalité dont l'industrie du divertissement, les grandes compétitions sportives, les jeans et les sodas recouvrent la terre, les modes de vie se heurtent, la crise éclate." (p. 22)

"Nous autres démocrates, nous avons fait justice de la croyance dans la supériorité des hommes sur les femmes. L'égalité a triomphé de ce préjugé. La hiérarchie du masculin et du féminin n'est plus, là où elle demeure, fondée en nature. Nous savons que l'ordre des choses est historiquement et socialement construit. Contrairement à Hume, nous distinguons soigneusement le sexe (catégorie biologique) et le genre (catégorie culturelle) et nous nous désolons de voir nos contemporains les plus rétrogrades continuer de prendre l'un pour l'autre." (p. 57)

"Pour que surgisse en pleine lumière l'ancrage de tous dans un même passé et qu'advienne quelque chose comme une identité commune, il a fallu que se produise, sous l'effet du rapprochement des conditions, cet événement culturel majeur : la généralisation du sentiment du semblable. L'identité nationale est donc fille de l'égalité. Et elle est, en même temps, la réponse du romantisme politique à l'égalité telle que l'a conçue la philosophie des Lumières et telle que la Révolution a voulu la mettre en oeuvre." (p. 86)

"Le christianisme se libère de sa complicité avec les idéaux impérialistes de la modernité chrétienne à la suite d'une dure expérience historique, celle de la révolte des peuples des anciennes colonies qui s'insurgent aussi contre leurs dominateurs "chrétiens" au nom d'une interprétation plus authentique du message évangélique." (Vattimo) Dans ce nouveau moment, l'identité du chrétien doit se concrétiser sous la forme de l'hospitalité, c'est-à-dire, selon Vattimo, "se réduire presque totalement à prêter l'oreille à ses hôtes et à leur laisser la parole". (p. 102)



Alain FINKIELKRAUT, L'identité malheureuse, Paris, Stock, 2013.

mardi 26 novembre 2013

De la haine à l'amour

















"Quant à Homo, il détient l'intelligence. Il n'a cessé d'en utiliser la puissance, mais le plus souvent pour dominer, passer le premier, devenir le plus fort, écraser toutes choses et tous humains sur son passage, gagner. Armé d'elle, il a vaincu la nature et ses pairs misérables, au cours d'une évolution guerrière qui s'achève, en effet, sur cette victoire, triomphe cependant si paradoxal qu'il pourrait, en retour, entraîner l'espèce à l'éradication. Comment éviter cette défaite ? En changeant l'arme méchante : oui, l'intelligence. Encore du côté du venin et du croc, elle doit muter, au plus vite et sous risque gravissime, de la volonté de puissance au partage, de la guerre à la paix, de la Haine à l'Amour."

Michel SERRES, Temps des crises, Paris, Le Pommier, 2012, pp. 109-110.

jeudi 14 novembre 2013

Solitaire et solidaire : l' "ami Camus"












A n'en pas douter, le temps était venu de "redécouvrir" l'oeuvre d'Albert Camus, sa signification pour notre temps. Telle est probablement la raison profonde pour laquelle on assiste aujourd'hui à une floraison d'ouvrages et d'articles le concernant. Et l'occasion est bienvenue de célébrer le centenaire de sa naissance (ah ! cette manie de la commémoration !) : saluons donc aussi la bonne aubaine pour les éditeurs !

Contrairement à ce qui s'est beaucoup écrit depuis la controverse avec Sartre, Albert Camus est moins un philosophe qu'un moraliste, dans la grande tradition française des La Rochefoucauld, Chamfort, Joubert, etc. Il n'est donc guère surprenant qu'en ces temps de crise et de grogne, d'individualisme exacerbé et d'impuissance de l'Etat, le message de droiture et de fraternité que porte l'oeuvre de Camus trouve un écho chez nos contemporains déboussolés.
En ce sens, les deux pages de supplément que consacre à Camus un grand journal du soir sous le titre "L'ami Camus" (1) me paraît significatif d'une réelle nostalgie de cette fraternité (républicaine ou non...) aujourd'hui aussi fréquemment invoquée dans les discours qu'oubliée dans les actes.
Il est vrai que ce gouvernement a tout fait pour diviser les Français ("mariage pour tous", hausse sans discernement des impôts, etc.) alors qu'il eût fallu les rassembler afin de mobiliser les énergies en vue du redressement.

A mon sens, le directeur de la rédaction du Nouvel Observateur, Claude Weil, a sans doute raison lorsqu'il émet l'opinion selon laquelle une grande partie des Français de la "France profonde", provinciale, attribuerait la responsabilité de ses maux à une "élite" parisienne qui concentre entre ses mains tous les leviers, politiques, économiques, informationnels.
Comment entendre encore la voix angoissée d'un peuple au bord de la crise de nerfs quand on vit entre soi, à l'abri de la précarité et du chômage ?

Me revient en mémoire la réponse du journaliste Rambert à la tentation du bonheur solitaire lorsque, face à la peste qui sévit dans Oran, celui-ci choisit, au prix d'un renoncement à son bonheur personnel, de suivre la voix (la voie) morale qui lui enjoint de demeurer solidaire de ses amis Tarrou et Rieux :

En effet, dit-il, "il peut y avoir de la honte à être heureux tout seul (2)."

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(1) "Le Monde" daté du vendredi 8 novembre 2013.
(2)  Albert CAMUS, La  Peste in Oeuvres complètes, tome 2, Paris, Gallimard, 2006, p. 178. Collection "Bibliothèque de La Pléiade".

samedi 9 novembre 2013

9 Novembre 1970-9 Novembre 2013












"Faire en sorte que l'intérêt particulier soit contraint de céder à l'intérêt général ; que les grandes ressources de la richesse commune soient exploitées et dirigées à l'avantage de tous ; que les coalitions d'intérêts soient abolies, une fois pour toutes.

Gouverner à coups d'initiatives, de risques, d'inconvénients."

Charles de GAULLE

jeudi 7 novembre 2013

Retour de Terre Sainte















"C'est à celui qui au Mont des Oliviers
lutta, en suant sang et eau,
avec Dieu, en de brûlantes suppliques, 
que revint la victoire, 
c'est sur ce mont que se décida
le sort du monde.
Là, tombez à terre
et priez
sans plus demander : 
Qui ? Comment ? Où ? Quand ?

Ne jugeons pas
si nous ne voulons être jugés.
L'apparence de toute chose

nous est trompeuse.
Nous ne voyons ici, sur la terre,
que des énigmes ;
le créateur seul
connaît l'être véritable."

Edith STEIN, La puissance de la croix, Paris, Nouvelle Cité, 1982, pp. 99-100.
(traduction Thomas Soriano)

mercredi 23 octobre 2013

La pensée du jour

"Dans la jouissance, dans le tranquille être-auprès-de, l'amour cesse, trouve son accomplissement. Tout amour est tension vers cet accomplissement. L'accomplissement, c'est la béatitude (beatitudo) qui ne consiste pas à aimer mais à jouir de ce qui est aimé et désiré. Tout amour est tension vers cette jouissance."

Hannah ARENDT, Le Concept d'amour chez Augustin, Paris, Payot et Rivages, 1996, p. 31.

dimanche 6 octobre 2013

Ecclesiam suam
















"S'il m'arrive de mettre en cause l'Eglise, ce n'est pas dans le ridicule dessein de contribuer à la réformer. Je ne crois pas l'Eglise capable de se réformer humainement, du moins dans le sens où l'entendaient Luther et Lamennais. Je ne la souhaite pas parfaite, elle est vivante. Pareille au plus humble, au plus dénué de ses fils, elle va clopin-clopant de ce monde à l'autre monde ; elle commet des fautes, elle les expie, et qui veut bien détourner un moment les yeux de ses pompes, l'entend prier et sangloter avec nous dans les ténèbres. Dès lors, pourquoi la mettre en cause, dira-t-on ? Mais, parce qu'elle est toujours en cause. C'est d'elle que je tiens tout, rien ne peut m'atteindre que par elle. Le scandale qui me vient d'elle m'a blessé au vif de l'âme, à la racine même de l'espérance. Ou plutôt, il n'est d'autre scandale que celui qu'elle donne au monde. Je me défends contre ce scandale par le seul moyen dont je dispose en m'efforçant de comprendre. Vous me conseillez de tourner le dos ? Peut-être le pourrais-je, en effet, mais je ne parle pas au nom des saints, je parle au nom de braves gens qui me ressemblent comme des frères. Avez-vous la garde des pécheurs ? Eh bien, le monde est plein de misérables que vous avez déçus. Personne ne songerait à vous jeter une telle vérité à la face, si vous consentiez à le reconnaître humblement. Il ne vous reprochent pas vos fautes. Ce n'est pas sur vos fautes qu'ils se brisent, mais sur votre orgueil. Vous répondrez, sans doute, qu'orgueilleux ou non, vous disposez des sacrements par quoi l'on accède à la vie éternelle, et que vous ne les refusez pas à qui se trouve en état de les recevoir. Le reste ne regarde que Dieu. Que demandez-vous de plus, direz-vous ? Hélas ! nous voudrions aimer."

Georges BERNANOS, Les Grands Cimetières sous la lune in Essais et écrits de combat, Paris, Gallimard, 1971, coll. "Bibliothèque de la Pléiade", p. 426.

dimanche 29 septembre 2013

Le temps















"L'idée que le temps est de l'argent est le comble de la vilenie. Le temps est de la maturation, de la classification, de l'ordre, de la perfection.
Le temps construit un vin et la valeur d'un vin, - de ces vins qui se modifient lentement, et qui doivent se boire à tel âge, comme une femme de tel type a un âge qu'il faut attendre, ou ne pas laisser passer, pour l'aimer.
Les mêmes grandes nations qui n'ont pas le sens exquis de la complexité des vins, des équilibres intimes de leurs qualités, des années qu'il faut et qu'il suffit qu'ils aient, - ont adopté et imposé au monde cette inhumaine "équation du temps".
- Elles n'ont pas, non plus, le sens des femmes, et des nuances de femmes."

Paul VALERY, Tel Quel II, Paris, Gallimard, 1943, p. 37.

lundi 23 septembre 2013

Le procès d'individuation


















"Wo Es war, soll Ich werden."
 Sigmund Freud

"... le psychique - et c'est une chance - n'est pas soumis à la loi inexorable de vieillissement, de dégradation, d'entropie qui régit le somatique et ... les facultés mentales, les capacités d'amour, de sensibilité, de créativité peuvent accompagner un individu jusqu'au dernier jour de sa vie.
(...)
... le sujet humain doit réaliser à son niveau la séparation radicale de la naissance, c'est-à-dire pouvoir, intérieurement, se vivre séparé. Et nous savons bien que c'est très long à faire, que ce n'est jamais tout à fait terminé et que, dans le cas d'échec total, c'est la psychose. Il doit aussi se vivre unifié comme l'est son corps mais, là non plus, ce n'est pas facile. Il doit se vivre sexué comme le sont également et tout naturellement son corps et chacune de ses cellules, mais nous savons les difficultés et les ratages de la sexuation psychique. Et ensuite, il faut encore parvenir à la rencontre sexuelle, autrement problématique que celle du spermatozoïde et de l'ovule. Enfin, cet être psychique doit aussi se percevoir mortel et nous savons que ce n'est pas du tout évident, alors que son corps, une fois de plus, ne se pose pas de questions. Alors que l'on coupe le cordon ombilical en une seconde et que les gamètes fusionnent en à peine moins de temps, dans le psychisme nous ne sommes jamais tout à fait séparés ni tout à fait reliés.
(...)
Nous partons dans la vie avec deux chaînes énergétiques, plus ou moins bien entrelacées, avec des boucles plus ou moins bien bouclées, plus ou moins souples, plus ou moins déréglables au moindre choc, toujours à rafistoler et avec un mode d'emploi plutôt ésotérique. Une chaîne séparatrice, répulsive, propulsive qui fonde un axe temporel limité dans le temps et l'espace - dans les limites de l'incarnation - avec un début et une fin. Et une chaîne attractive, reliante, une énergie de lien dont le mouvement initial est une recherche régressive de l'endroit d'où elle est sortie, c'est-à-dire de l'indifférencié, de l'unité, de la totalité originelle. Mais cette dernière se  trouve contrainte, sous la pression de l'autre énergie, de basculer cette recherche vers des analogues dans le présent. Cependant, il faut bien savoir qu'elle oscillera toujours sur cet axe temporel entre sa tentation régressive et sa quête prospective."

Andrée BOKOR, Le sujet au carrefour des énergies in Cahiers de psychologie jungienne, N° 51, 1986, pp. 56-58.

vendredi 20 septembre 2013

Sémantique de l'histoire




















Le problème récurrent - et apparemment insoluble - que posent l'enseignement de l'Histoire, la place que cet enseignement doit occuper dans le cursus de nos élèves, le contenu des manuels scolaires me rappelle un débat des années soixante-dix concernant la tentative de Jean-Pierre Faye de concevoir ce qu'il appelle "une critique de l'économie narrative" (1).

Je ne ferai que rappeler ici les prémisses de l'argumentation qu'il développe dans son ouvrage sur les "langages totalitaires" et qui, en ces temps de montée des extrémismes, devrait donner à penser à nos contemporains.

Faye part de cette constatation ...

"...certains récits...ont changé la face ou la forme des nations. L'histoire réelle a pu être transformée par la façon de conter - et de compter."

... pour introduire cette problématique :

"De quelle façon la circulation des Rapports économiques est en relation avec celle des "récits idéologiques", et comment cette circulation entre en rapport avec l'expérience économique elle-même - la prétendue "Expérience Schacht" -, voilà qui donne ses enjeux majeurs à une critique de l'économie narrative."

Et de poursuivre :

"Cette critique - au sens qui va en se développant entre certaines critiques de la "raison" parues à la veille de la Révolution française et la "Critique de l'économie politique" qui sous-titre "Le Capital" et annonce les révolutions socialistes -, cette critique est la démarche qui tend à constituer les disciplines empiriques d'une sociologie des langages et la problématique théorique d'une sémantique de l'histoire.
Quand Halle et ceux qui procèdent de Chomsky avec le plus de rigueur récusent la possibilité d'une "sémantique générale", ils contribuent à déterminer les conditions auxquelles peuvent satisfaire des sémantiques régionales, appliquées à des procès bien déterminés : celui de l'inconscient, de l'idéologie, de la marchandise. Une sémantique de l'histoire, comme problématique théorique, peut se constituer à l'articulation entre procès économique et procès de l'idéologie (2). Le matériel qui est rassemblé pour elle par une sociologie des langages touche, de façon inévitable, aux domaines désignés par Bataille comme "sociologie sacrée" : domaines que signale de loin leur virulence, à la charnière entre le pouvoir de la formulation et la formulation du pouvoir.
"Raison" : système des opérations-limites dans les règles de la pensée - lié à la production même de la déraison, dans la narration de l'histoire (3)."

_____________________________
(1) Jean-Pierre FAYE, Langages totalitaires, Paris, Hermann, 1972.
(2) C'est moi qui souligne.
(3) Ibid., pp. 3-4.



samedi 14 septembre 2013

Enseignement et pédagogie













"Il faut toujours se méfier un peu des vieux pédagogues. Ils se sont constitué forcément, au cours de leur vie professionnelle, tout un arsenal de schémas verbaux auxquels leur intelligence finit par s'accrocher, comme à autant de clous, parfois passablement rouillés. En outre, étant hommes de foi et de doctrine, ils inclinent, le plus souvent sans s'en douter, à favoriser, parmi leurs disciples, les dociles plutôt que les contredisants. Rares, du moins, sont ceux qui conservent jusqu'au bout un cerveau assez souple, et, vis-à-vis de leurs propres partis pris, un sens critique assez délié pour échapper à ces péchés de métier. Combien le danger n'est-il pas encore plus grand quand, les auditeurs étant aussi des subordonnés, la contradiction prend nécessairement allure d'indiscipline !"

Marc BLOCH, L'étrange défaite, Paris, Gallimard, 1990, pp. 147-148. Collection "Folio histoire".

lundi 5 août 2013

L'attention

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Un vieil homme est toujours guetté par le remords ou la nostalgie, au point parfois de paraître radoter ! Mieux vaut donc essayer de vivre avec son temps !
Il m’arrive, hélas trop souvent, de me plaindre des travers de notre époque, et pas seulement des méfaits de la mondialisation … Mais ce qui me révolte le plus, et me désespère, c’est le recul de l’esprit critique chez la plupart de nos concitoyens.

J’attribue cette régression de l’esprit critique, pour une large part, à un défaut d’attention.

Concernant la part de responsabilité qui incombe à notre système d’enseignement dans cette carence, je retiendrais volontiers ce que Simone Weil écrivait lorsqu’elle assignait pour principale finalité aux études « la formation de la faculté d’attention « :

« Bien qu’aujourd’hui on semble l’ignorer, la formation de la faculté d’attention est le but véritable et presque l’unique intérêt des études (1) ».

Ce qui fait avant tout défaut à un grand nombre de nos contemporains, c’est précisément la capacité d’attention.
Il est vrai qu’il sont de cela moins coupables qu’il n’y paraît, car tout est fait aujourd’hui, dans cette société qui exalte la « culture du provisoire » (pour reprendre la juste expression du pape François) pour inciter à la distraction.

Nous sommes distraits. Toutes les sollicitations de notre environnement nous invitent à consommer toujours plus et toujours plus vite : images, informations, objets, nourritures, etc. Il n’y a plus guère de place pour l’attention. Celle-ci requiert en effet temps et effort, concentration, c’est-à-dire tout le contraire de la « précipitation » et de la « prévention » que Descartes dénonce, dans son Discours de la méthode, comme la cause de nos erreurs et de nos errements (2).

Je me souviens, à cet instant où j’écris, du témoignage de l’un de nos grands savants, Pierre-Gilles  de Gennes (1932-2007) qui, instruit par son expérience d’enseignant, vantait la rigueur qu’exige l’apprentissage des langues extrême-orientales, chinois ou japonais, dont l’orthographe nécessite de l’apprenant une attention vigilante au moindre détail de tout idéogramme, la simple omission d’un infime graphème pouvant en modifier le sens du tout au tout. L’attention …

Mais il est vrai, le mal vient de plus loin. Il est inscrit dans la nature de l’homme, comme le discernait Pascal en dénonçant le divertissement comme la tentation inhérente à la condition humaine :

« Les hommes n’ayant pu guérir la mort, la misère, l’ignorance, ils se sont avisés pour se rendre heureux de n’y point penser ».

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(1) Simone WEIL, Attente de Dieu, Paris, Arthème Fayard, 1966, p. 85.
(2) Voir le premier précepte de la méthode in René DESCARTES, Œuvres et lettres, Discours de la méthode, Paris, Gallimard, 1952, p. 137. (Bibl. de la « Pléiade ») :
« Le premier était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle ; c’est-à-dire d’éviter soigneusement la précipitation et la prévention ; et de ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit que je n’eusse aucune occasion de le mettre en doute. »

dimanche 21 juillet 2013

L'ennui

"Je me disais donc que le monde est dévoré par l'ennui. Naturellement, il faut un peu réfléchir pour se rendre compte, ça ne se saisit pas tout de suite. C'est une espèce de poussière. Vous allez et venez sans la voir, vous la respirez, vous la mangez, vous la buvez, et elle est si fine, si ténue qu'elle ne craque même pas sous la dent. Mais que vous vous arrêtiez une seconde, la voilà qui recouvre votre visage, vos mains. Vous devez vous agiter sans cesse pour secouer cette pluie de cendres. Alors le monde s'agite beaucoup.
On dira peut-être que le monde est depuis longtemps familiarisé avec l'ennui, que l'ennui est la véritable condition de l'homme. Possible que la semence en fût répandue partout et qu'elle germât ça et là, sur un terrain favorable. Mais je me demande si les hommes ont jamais connu cette contagion de l'ennui, cette lèpre ? Un désespoir avorté, une forme turpide du désespoir, qui est sans doute comme la fermentation d'un christianisme décomposé."

Georges BERNANOS, Journal d'un curé de campagne in Oeuvres romanesques suivies de Dialogue des carmélites, Paris, Gallimard, 1961, p. 1032. "Bibliothèque de la Pléiade".

dimanche 14 juillet 2013

L'individu et la Nation










"Simone Weil, alors qu'elle travaillait auprès d'André Philip, au Commissariat à l'Intérieur de la France libre, à Londres, avait écrit peu de temps avant sa mort, en 1943, un rapport sur le rôle des partis politiques, où elle disait : "Le parti politique est une machine à fabriquer de la passion, c'est une organisation construite de manière à exercer une pression collective sur la pensée de chacun des êtres humains qui en sont membres ; l'unique foi d'un parti politique est sa propre croissance, et cela sans aucune limite."
Tout parti, porteur théorique de doctrine, est en germe une entreprise totalitaire, car seul l'individu, soustrait à des influences extérieures, en particulier à celle du groupe social auquel il appartient, peut penser avec rigueur. Un groupe ne pense pas ; la pensée est nécessairement de caractère individuel."

Louis VALLON, De Gaulle et la démocratie, Paris, La Table Ronde, 1972, p. 153.

lundi 8 juillet 2013

Littérature












Je lis ou relis Pontalis (1) toujours avec bonheur - comme je dévorais autrefois Stendhal ou me délectais des essais de Valéry. Son style est simple, limpide, précis, sans aucune afféterie. Ainsi, jadis, nos grands auteurs écrivaient-ils.

Umberto Eco, ce fin connaisseur des lettres françaises, a cent fois raison de dénoncer la dérive (je dirais volontiers le naufrage !) qu'a connue notre langue depuis la fin du 19ème siècle et l'importation en France de la philosophie allemande. Heidegger succédant à Kant, à tant vouloir s'en inspirer notre idiome perd ce qui faisait son insigne vertu : la clarté.
"Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement", règle d'or, selon Boileau, à laquelle font écho les préceptes de la méthode chers à Descartes. Et Vladimir Jankélévitch n'avait sans doute pas tort de se rebeller contre cette propension de toute une élite française à chercher outre-Rhin l'exemple indépassable. D'ailleurs, Balthasar Gracian s'avéra-t-il plus mauvais maître ?

 Il est vrai qu'aujourd'hui, c'est davantage pour l'Amérique états-unienne que nos journaleux ont les yeux de Chimène...Leur manque d'imagination ne le cède qu'à leur inculture et à leur servilité!
Marc Lévy est notre moderne Balzac et les philippiques de Jean-François Kahn nous tiennent lieu de "Provinciales". Le talent, fût-il sulfureux, s'est raréfié à mesure que disparaissaient les Robert Brasillach, Thierry Maulnier et autres Jean-Edern Hallier. La Fnac regorge désormais d'écrits de pacotille dont le meilleur destin sera de figurer en tête de gondole d'un supermarché.

C'est à peine s'il nous reste un Finkielkraut, un Michel Serres pour renvendiquer le précieux héritage d'une littérature française aujourd'hui dévalorisée, à l'image de notre pays.
Quel Sartre, sûr de son oeuvre et de son talent, s'offrirait aujourd'hui le luxe (le courage ?) de refuser le Nobel (naguère dénié à Malraux mais accordé à Le Clézio !) synonyme de gros tirages et de coquettes recettes dans un monde aux valeurs frelatées voué à la mondialisation marchande ?

O tempora, o mores ...

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(1) Jean-Bertrand PONTALIS, Marée basse marée haute, Paris, Gallimard, 2013.

vendredi 21 juin 2013

Les biens les plus précieux ...

La pensée du jour :

"Les biens les plus précieux ne doivent pas être cherchés, mais attendus. Car l'homme  ne peut pas les trouver par ses propres forces, et s'il se met à leur recherche, il trouvera à la place des faux biens dont il ne saura pas discerner la fausseté."

Simone WEIL, Attente de Dieu, Paris, Fayard, 1966, p. 93.

lundi 17 juin 2013

L'argent

 















« Je l’ai dit depuis longtemps. Il y a le monde moderne. Ce monde moderne a fait à l'humanité des conditions telles, si entièrement et si absolument nouvelles, que tout ce que nous savons par l'histoire, tout ce que nous avons appris des humanités précédentes ne peut aucunement nous servir, ne peut pas nous faire avancer dans la connaissance du monde où nous vivons. Il n’y a pas de précédents. Pour la première fois dans l'histoire du monde les puissances spirituelles ont été toutes ensemble refoulées non point par les puissances matérielles mais par une seule puissance matérielle qui est la puissance de l'argent. Et pour être juste il faut même dire : Pour la première fois dans l'histoire du monde toutes les puissances spirituelles ensemble et du même mouvement et toutes les autres puissances matérielles ensemble et d'un même mouvement qui est le même ont été refoulées par une seule puissance matérielle qui est la puissance de l'argent. Pour la première fois dans l'histoire du monde toutes les puissances spirituelles ensemble et d'un seul mouvement et d'un même mouvement ont reculé sur la face de la terre. Et comme une immense ligne elles ont reculé sur toute la ligne. Pour la première fois dans l'histoire du monde l'argent est maître sans limitation ni mesure.

Pour la première fois dans l'histoire du monde l’argent est seul en face de l'esprit. (Et même il est seul en face des autres matières).

Pour la première fois dans l'histoire du monde l'argent est seul devant Dieu. »

Charles PEGUY, Note Conjointe sur M. Descartes et la philosophie cartésienne
in Œuvres en prose 1909-1914, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade »,  p. 1474.

samedi 15 juin 2013

La sexualité, la paternité et la mort















"La paternité est la relation avec un étranger qui, tout en étant autrui, est moi ; la relation du moi avec un moi-même, qui est cependant étranger à moi . Le fils en effet n'est pas simplement mon oeuvre, comme un poème ou comme un objet fabriqué ; il n'est pas non plus ma propriété. Ni les catégories du pouvoir, ni celles de l'avoir ne peuvent indiquer la relation avec l'enfant (1). Ni la notion de cause, ni la notion de propriété ne permettent de saisir le fait de la fécondité. Je n'ai pas mon enfant ; je suis en quelque manière mon enfant. (...) D'autre part, le fils n'est pas un événement quelconque qui m'arrive, comme, par exemple  ma tristesse, mon épreuve ou ma souffrance. C'est un moi, c'est une personne. Enfin, l'altérité du fils n'est pas celle d'un alter ego. La paternité n'est pas une sympathie par laquelle je peux me mettre à la place du fils. C'est par mon être que je suis mon fils et non pas par la sympathie.
(...)
La paternité n'est pas simplement un renouvellement du père dans le fils et sa confusion avec lui, elle est aussi l'extériorité du père par rapport au fils, un exister pluraliste. La fécondité du moi doit être appréciée à sa juste valeur ontologique, ce qui n'a encore jamais été fait jusqu'alors. Le fait qu'elle est une catégorie biologique ne neutralise en aucune façon le paradoxe de sa signification, même psychologique.
(...)
...l'alterité n'est pas purement et simplement l'existence d'une autre liberté à côté de la mienne. Sur celle-ci j'ai un pouvoir où elle m'est absolument étrangère, sans relation avec moi. La coexistence de plusieurs libertés est une multiplicité qui laisse intacte l'unité de chacune ; ou bien cette multiplicité s'unit en une volonté générale. La sexualité, la paternité et la mort introduisent dans l'existence une dualité qui concerne l'exister même de chaque sujet."

Emmanuel LEVINAS, Le temps et l'autre, Paris, PUF, 1979, pp. 85-88.
_________________________
(1) C'est moi qui souligne.

jeudi 13 juin 2013

La pensée du jour :

"Entre la charité et la justice la différence essentielle ne tient-elle pas à la préférence de la charité pour l'autre, alors même qu'au point de vue de la justice aucune préférence n'est plus possible ?"

Emmanuel LEVINAS, Le temps et l'autre, Paris, PUF, 1979, p. 76.

mardi 11 juin 2013




















 La pensée du jour :

"Je n'existe pas comme un esprit, comme un sourire ou un vent qui souffle, je ne suis pas sans responsabilité."

Emmanuel LEVINAS, Le temps et l'autre, Paris, PUF, 1979, p. 37. (Coll. "Quadrige")

samedi 8 juin 2013

Limite et transgression




La génération qui avait vécu la seconde guerre mondiale et la rupture (éthique et métaphysique) qui a nom Auschwitz et Hiroshima avait appris de ces événements, et médité - bien que dans des directions différentes et pour en tirer des conclusions parfois opposées - la notion de limite.

Ce fut la génération de Camus, Sartre, Malraux, Bernanos, celle de Jean Wahl, Gabriel Marcel, Karl Jaspers, Jeanne Hersh, Simone Weil, David Rousset, Emmanuel Levinas - et bien d’autres avec Primo Lévi, Charlotte Delbo, Geneviève de Gaulle-Anthonioz…

Penser l’impensable, penser la mort et le silence de Dieu, comme y conviait Elie Wiesel dans « La nuit », n’est pas donné à la nature humaine, ce dont Pascal nous avait instruit.

Insupportable, sans aucun doute, cette pensée de la limite a été évacuée par une génération individualiste et hédoniste qui – paradoxe ou ironie de l’Histoire – bénéficie des progrès techniques induits par les indicibles horreurs de la guerre.

Il me semble que c’est précisément à l’oubli de cette expérience existentielle de la limite que nous devons aujourd’hui les errements de notre société – et il ne s’agit pas uniquement de la violence dont elle se repaît.

Le dernier en date de ces errements - qui ne parvient pas à tromper ceux que n’aveuglent ni l’idéologie ni un langage patelin - est celui dit du « mariage pour tous ».  Car ce qui est nié dans le mariage des personnes de même sexe, ce n’est rien moins que la différence sexuelle. Or, c’est précisément cette différence qui, comme l’exposait Levinas, est au fondement de la notion d’altérité, « la qualité même de la différence (1). »

Qu’on me pardonne de citer longuement ce texte de 1948 dans lequel Levinas rappelle cette évidence.

«  L’altérité humaine est pensée non pas à partir de l’altérité purement formelle et logique par laquelle se distinguent les uns des autres les termes de toute multiplicité (où chacun est autre déjà comme porteur d’attributs différents ou, dans une multiplicité de termes égaux, chacun est l’autre de l’autre de par son individuation). La notion d’altérité transcendante – celle qui ouvre le temps – est d’abord recherchée à partir d’une altérité-contenu, à partir de la féminité.  La féminité – et il faudrait voir dans quel sens cela peut se dire de la masculinité ou de la virilité, c’est-à-dire de la différence des sexes en général – nous est apparue comme une différence tranchant sur les différences, non seulement comme une qualité, différente de toutes les autres, mais comme la qualité même de la différence. Idée qui devrait rendre possible la notion du couple comme distincte de toute dualité purement numérique, la notion de socialité à deux, qui est probablement nécessaire à l’exceptionnelle épiphanie du visage – nudité abstraite et chaste – se dégageant des différences sexuelles, mais qui est essentielle à l’érotisme et où l’altérité -, comme qualité là encore, et non pas comme distinction simplement logique – est portée par le « tu ne tueras pas » que dit le silence même du visage. Significatif rayonnement éthique dans l’érotisme et la libido par lesquels l’humanité entre dans la société à deux et qu’elle soutient autorisant, peut-être, à mettre moins en question le simplisme du pan-érotisme contemporain (2). »

C’est dans le refus de toute limite à ses désirs de toute puissance (infantiles !) que se situe l’hybris coupable d’une société tout entière tournée vers la satisfaction de ses fantasmes les plus fous (« principe de plaisir »).

A n’en pas douter, un temps viendra où cet hybris, dont la visée ultime est tout simplement la négation de l’ultime limite, celle de la mort, se verra « châtié », comme le pressentait Aldous Huxley (Brave new world, 1932). Notre société, qui déjà occulte la mort autant qu’elle le peut et croit parfois (naïvement !) y trouver un antidote dans une sexualité libre de toute contrainte, devra un jour se rendre à l’évidence de son déclin. La démographie atone des pays de la vieille Europe - que ne parvient pas à compenser l’immigration (souvent mal accueillie !) venue des pays « jeunes » - n’est peut-être qu’un premier symptôme (« principe de réalité ») …

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(1) Emmanuel LEVINAS, Le temps et l’autre, Paris, Presses Universitaires de France, 1979, p. 14.
(2) Id., Ibid. (C’est moi qui souligne).


lundi 15 avril 2013

Donner ou ne pas donner la vie ?















"Décider d'avoir un enfant, c'est s'engager pour vingt ans au moins, c'est faire le pari qu'une vie nouvelle a un sens. Les démographes, il est vrai, ne sentent pas toujours ce poids métaphysique des indicateurs qui décrivent la reproduction, spécialement dans les sociétés qui mettent à la disposition des femmes des moyens de contraception absolument sûrs. Alors, l'indicateur conjoncturel de fécondité et la descendance finale mesurent simplement des choix individuels agrégés : donner ou ne pas donner la vie. Les chiffres deviennent l'expression directe des mentalités.
La fécondité relativement élevée de la France - 2,0 enfants par femme, comme en Suède ou Royaume -Uni - n'évoque en rien une population ravagée par le doute existentiel. Les chiffres de 1,4 enfant par femme de l'Allemagne, du Japon, de l'Italie ou de l'Espagne inviteraient plutôt à se poser la question pour ces quatre nations, qu'elles aient aujourd'hui le statut de modèle ou d'antimodèle économique."

Hervé LE BRAS, Emmanuel TODD, Le mystère français, Paris, Seuil, 2013, p. 23 (Coll. "La république des idées")




dimanche 7 avril 2013

Qui va gagner ?

















"Pour éviter de traiter les questions vraies, si difficiles, notre société se réfugie, comme on sait, dans la représentation et le spectacle : de la terreur, de la pitié, d'une part, avec des morts et des cadavres, pour lester de réel et de grave des répétitions vaines ; du pain et des jeux, de l'autre, pour susciter l'intérêt. Elle se drogue alors à la question : qui va gagner ? Sans cesse reprise, celle-ci lance et promeut un temps haletant, celui d'un suspense toujours recommencé. Qui va gagner, aux élections, à la meilleure vente, au football, aux médailles des Jeux ...? Curieuse attente d'une issue que tout le monde, pourtant, connaît à l'avance : gagne toujours le plus riche, aux jeux Olympiques aussi bien qu'au foot et aux élections."

Michel SERRES, Temps des crises, Paris, Le Pommier, 2012, pp. 54-55.

dimanche 17 mars 2013

Poème pour conjurer un temps maussade





















 Les roses de Saadi

 J'ai voulu ce matin te rapporter des roses ;
Mais j'en avais tant pris dans mes ceintures closes
Que les noeuds trop serrés n'ont pu les contenir.

Les noeuds ont éclaté. Les roses envolées
Dans le vent, à la mer s'en sont toutes allées.
Elles ont suivi l'eau pour ne plus revenir ;

La vague en a paru rouge et comme enflammée.
Ce soir, ma robe encore en est tout embaumée...
Respires-en sur moi l'odorant souvenir.

Marceline DESBORDES-VALMORE  (1786-1859)

samedi 19 janvier 2013

Liberté et responsabilité : les droits du citoyen

DROITS D'ETRE ET DROITS  A AVOIR
















 "Dans une démocratie de liberté et d'égalité des chances, la garantie des droits imprescriptibles du citoyen de raison, libre et responsable, et la garantie de l'éducation et de la santé pour tous donnent les moyens  de l'épanouissement à tous ceux qui s'emploient à s'insérer dans le monde du travail. L'éducation et la santé publiques servent de support à l'ascenseur social qui permet à chacun de s'élever dans l'ordre social à la mesure de ses efforts.
Les droits imprescriptibles du citoyen de raison sont les "droits d'être", conçus par deux mille ans de pensée gréco-latine et judéo-chrétienne, et proclamés par la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen : droits civiques et politiques (droits de vivre libre et en sécurité, de  penser, de s'exprimer, de s'associer, de se déplacer, de travailler, de contracter librement et d'entreprendre), et droits de propriété (propriété mobilière et immobilière, intellectuelle, image et réputation). Ces droits "de" : de vivre, de penser, de propriété, d'entreprendre, etc., sont des droits d'être un citoyen de raison, libre et responsable de ses actes. Ils incluent les droits d'être éduqués et en bonne santé, qui sont les deux droits réels fondamentaux constitutifs de l'autonomie du citoyen responsable. Ils s'opposent aux droits "à avoir" : droit automatique sans effort et sans contrepartie, à un travail, à un logement, à une carte de circulation gratuite, etc., et surtout à un revenu garanti sans contrepartie.
Les "droits d'être" sont des droits constitutifs de la liberté de l'homme. Ils protègent le citoyen contre toutes les formes d'oppression et de prédation.
Les "droits à avoir" sont des droits de tirage sur la société et les contribuables car les droits "à" ont une spécificité qu'il faut cesser de passer sous silence : quelqu'un paie pour que les bénéficiaires des droits "à avoir" puissent les exercer. Et ce n'est pas l'Etat."

Christian SAINT-ETIENNE, France : état d'urgence, Une stratégie pour demain, Paris, Odile Jacob, 2013, p. 69.

vendredi 11 janvier 2013

Du "mariage pour tous" et de l'adoption,


"C'est ... une méprise, à tout le moins un malentendu, qui fait croire aux couples composés de personnes de même sexe qu'en obtenant le droit à l'enfant ils deviendront "comme les autres". Car les autres dont il s'agit ne disposent pas d'enfants. Ils donnent la vie. La vie humaine se donne ou se reçoit. Elle ne fait pas l'objet d'un droit. L'ampleur du malentendu apparaît dans toute sa simplicité lorsqu'on analyse les droits ouverts par la loi du point de vue des enfants.

La question n'est pas en effet de savoir si des parents de même sexe seraient ou non de bons parents, mais si les enfants dont on aurait a priori décidé d'altérer la filiation biologique vivraient heureux. Interrogés à partir du point de vue des enfants et non plus de celui des parents, deux tiers des Français sont opposés à l'adoption par des couples de même sexe, selon le dossier de l'Union nationale des associations familiales (UNAF) pour son audition à l'Assemblée nationale."

Jérôme VIGNON (Président des Semaines sociales de France), Chrétien et progressiste, j'irai manifester contre le "mariage pour tous in "Le Monde" daté du Jeudi 10 janvier 2013.