lundi 15 avril 2013

Donner ou ne pas donner la vie ?















"Décider d'avoir un enfant, c'est s'engager pour vingt ans au moins, c'est faire le pari qu'une vie nouvelle a un sens. Les démographes, il est vrai, ne sentent pas toujours ce poids métaphysique des indicateurs qui décrivent la reproduction, spécialement dans les sociétés qui mettent à la disposition des femmes des moyens de contraception absolument sûrs. Alors, l'indicateur conjoncturel de fécondité et la descendance finale mesurent simplement des choix individuels agrégés : donner ou ne pas donner la vie. Les chiffres deviennent l'expression directe des mentalités.
La fécondité relativement élevée de la France - 2,0 enfants par femme, comme en Suède ou Royaume -Uni - n'évoque en rien une population ravagée par le doute existentiel. Les chiffres de 1,4 enfant par femme de l'Allemagne, du Japon, de l'Italie ou de l'Espagne inviteraient plutôt à se poser la question pour ces quatre nations, qu'elles aient aujourd'hui le statut de modèle ou d'antimodèle économique."

Hervé LE BRAS, Emmanuel TODD, Le mystère français, Paris, Seuil, 2013, p. 23 (Coll. "La république des idées")




dimanche 7 avril 2013

Qui va gagner ?

















"Pour éviter de traiter les questions vraies, si difficiles, notre société se réfugie, comme on sait, dans la représentation et le spectacle : de la terreur, de la pitié, d'une part, avec des morts et des cadavres, pour lester de réel et de grave des répétitions vaines ; du pain et des jeux, de l'autre, pour susciter l'intérêt. Elle se drogue alors à la question : qui va gagner ? Sans cesse reprise, celle-ci lance et promeut un temps haletant, celui d'un suspense toujours recommencé. Qui va gagner, aux élections, à la meilleure vente, au football, aux médailles des Jeux ...? Curieuse attente d'une issue que tout le monde, pourtant, connaît à l'avance : gagne toujours le plus riche, aux jeux Olympiques aussi bien qu'au foot et aux élections."

Michel SERRES, Temps des crises, Paris, Le Pommier, 2012, pp. 54-55.