lundi 8 juillet 2013

Littérature












Je lis ou relis Pontalis (1) toujours avec bonheur - comme je dévorais autrefois Stendhal ou me délectais des essais de Valéry. Son style est simple, limpide, précis, sans aucune afféterie. Ainsi, jadis, nos grands auteurs écrivaient-ils.

Umberto Eco, ce fin connaisseur des lettres françaises, a cent fois raison de dénoncer la dérive (je dirais volontiers le naufrage !) qu'a connue notre langue depuis la fin du 19ème siècle et l'importation en France de la philosophie allemande. Heidegger succédant à Kant, à tant vouloir s'en inspirer notre idiome perd ce qui faisait son insigne vertu : la clarté.
"Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement", règle d'or, selon Boileau, à laquelle font écho les préceptes de la méthode chers à Descartes. Et Vladimir Jankélévitch n'avait sans doute pas tort de se rebeller contre cette propension de toute une élite française à chercher outre-Rhin l'exemple indépassable. D'ailleurs, Balthasar Gracian s'avéra-t-il plus mauvais maître ?

 Il est vrai qu'aujourd'hui, c'est davantage pour l'Amérique états-unienne que nos journaleux ont les yeux de Chimène...Leur manque d'imagination ne le cède qu'à leur inculture et à leur servilité!
Marc Lévy est notre moderne Balzac et les philippiques de Jean-François Kahn nous tiennent lieu de "Provinciales". Le talent, fût-il sulfureux, s'est raréfié à mesure que disparaissaient les Robert Brasillach, Thierry Maulnier et autres Jean-Edern Hallier. La Fnac regorge désormais d'écrits de pacotille dont le meilleur destin sera de figurer en tête de gondole d'un supermarché.

C'est à peine s'il nous reste un Finkielkraut, un Michel Serres pour renvendiquer le précieux héritage d'une littérature française aujourd'hui dévalorisée, à l'image de notre pays.
Quel Sartre, sûr de son oeuvre et de son talent, s'offrirait aujourd'hui le luxe (le courage ?) de refuser le Nobel (naguère dénié à Malraux mais accordé à Le Clézio !) synonyme de gros tirages et de coquettes recettes dans un monde aux valeurs frelatées voué à la mondialisation marchande ?

O tempora, o mores ...

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(1) Jean-Bertrand PONTALIS, Marée basse marée haute, Paris, Gallimard, 2013.
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