lundi 23 septembre 2013

Le procès d'individuation


















"Wo Es war, soll Ich werden."
 Sigmund Freud

"... le psychique - et c'est une chance - n'est pas soumis à la loi inexorable de vieillissement, de dégradation, d'entropie qui régit le somatique et ... les facultés mentales, les capacités d'amour, de sensibilité, de créativité peuvent accompagner un individu jusqu'au dernier jour de sa vie.
(...)
... le sujet humain doit réaliser à son niveau la séparation radicale de la naissance, c'est-à-dire pouvoir, intérieurement, se vivre séparé. Et nous savons bien que c'est très long à faire, que ce n'est jamais tout à fait terminé et que, dans le cas d'échec total, c'est la psychose. Il doit aussi se vivre unifié comme l'est son corps mais, là non plus, ce n'est pas facile. Il doit se vivre sexué comme le sont également et tout naturellement son corps et chacune de ses cellules, mais nous savons les difficultés et les ratages de la sexuation psychique. Et ensuite, il faut encore parvenir à la rencontre sexuelle, autrement problématique que celle du spermatozoïde et de l'ovule. Enfin, cet être psychique doit aussi se percevoir mortel et nous savons que ce n'est pas du tout évident, alors que son corps, une fois de plus, ne se pose pas de questions. Alors que l'on coupe le cordon ombilical en une seconde et que les gamètes fusionnent en à peine moins de temps, dans le psychisme nous ne sommes jamais tout à fait séparés ni tout à fait reliés.
(...)
Nous partons dans la vie avec deux chaînes énergétiques, plus ou moins bien entrelacées, avec des boucles plus ou moins bien bouclées, plus ou moins souples, plus ou moins déréglables au moindre choc, toujours à rafistoler et avec un mode d'emploi plutôt ésotérique. Une chaîne séparatrice, répulsive, propulsive qui fonde un axe temporel limité dans le temps et l'espace - dans les limites de l'incarnation - avec un début et une fin. Et une chaîne attractive, reliante, une énergie de lien dont le mouvement initial est une recherche régressive de l'endroit d'où elle est sortie, c'est-à-dire de l'indifférencié, de l'unité, de la totalité originelle. Mais cette dernière se  trouve contrainte, sous la pression de l'autre énergie, de basculer cette recherche vers des analogues dans le présent. Cependant, il faut bien savoir qu'elle oscillera toujours sur cet axe temporel entre sa tentation régressive et sa quête prospective."

Andrée BOKOR, Le sujet au carrefour des énergies in Cahiers de psychologie jungienne, N° 51, 1986, pp. 56-58.

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