mardi 26 novembre 2013

De la haine à l'amour

















"Quant à Homo, il détient l'intelligence. Il n'a cessé d'en utiliser la puissance, mais le plus souvent pour dominer, passer le premier, devenir le plus fort, écraser toutes choses et tous humains sur son passage, gagner. Armé d'elle, il a vaincu la nature et ses pairs misérables, au cours d'une évolution guerrière qui s'achève, en effet, sur cette victoire, triomphe cependant si paradoxal qu'il pourrait, en retour, entraîner l'espèce à l'éradication. Comment éviter cette défaite ? En changeant l'arme méchante : oui, l'intelligence. Encore du côté du venin et du croc, elle doit muter, au plus vite et sous risque gravissime, de la volonté de puissance au partage, de la guerre à la paix, de la Haine à l'Amour."

Michel SERRES, Temps des crises, Paris, Le Pommier, 2012, pp. 109-110.

jeudi 14 novembre 2013

Solitaire et solidaire : l' "ami Camus"












A n'en pas douter, le temps était venu de "redécouvrir" l'oeuvre d'Albert Camus, sa signification pour notre temps. Telle est probablement la raison profonde pour laquelle on assiste aujourd'hui à une floraison d'ouvrages et d'articles le concernant. Et l'occasion est bienvenue de célébrer le centenaire de sa naissance (ah ! cette manie de la commémoration !) : saluons donc aussi la bonne aubaine pour les éditeurs !

Contrairement à ce qui s'est beaucoup écrit depuis la controverse avec Sartre, Albert Camus est moins un philosophe qu'un moraliste, dans la grande tradition française des La Rochefoucauld, Chamfort, Joubert, etc. Il n'est donc guère surprenant qu'en ces temps de crise et de grogne, d'individualisme exacerbé et d'impuissance de l'Etat, le message de droiture et de fraternité que porte l'oeuvre de Camus trouve un écho chez nos contemporains déboussolés.
En ce sens, les deux pages de supplément que consacre à Camus un grand journal du soir sous le titre "L'ami Camus" (1) me paraît significatif d'une réelle nostalgie de cette fraternité (républicaine ou non...) aujourd'hui aussi fréquemment invoquée dans les discours qu'oubliée dans les actes.
Il est vrai que ce gouvernement a tout fait pour diviser les Français ("mariage pour tous", hausse sans discernement des impôts, etc.) alors qu'il eût fallu les rassembler afin de mobiliser les énergies en vue du redressement.

A mon sens, le directeur de la rédaction du Nouvel Observateur, Claude Weil, a sans doute raison lorsqu'il émet l'opinion selon laquelle une grande partie des Français de la "France profonde", provinciale, attribuerait la responsabilité de ses maux à une "élite" parisienne qui concentre entre ses mains tous les leviers, politiques, économiques, informationnels.
Comment entendre encore la voix angoissée d'un peuple au bord de la crise de nerfs quand on vit entre soi, à l'abri de la précarité et du chômage ?

Me revient en mémoire la réponse du journaliste Rambert à la tentation du bonheur solitaire lorsque, face à la peste qui sévit dans Oran, celui-ci choisit, au prix d'un renoncement à son bonheur personnel, de suivre la voix (la voie) morale qui lui enjoint de demeurer solidaire de ses amis Tarrou et Rieux :

En effet, dit-il, "il peut y avoir de la honte à être heureux tout seul (2)."

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(1) "Le Monde" daté du vendredi 8 novembre 2013.
(2)  Albert CAMUS, La  Peste in Oeuvres complètes, tome 2, Paris, Gallimard, 2006, p. 178. Collection "Bibliothèque de La Pléiade".

samedi 9 novembre 2013

9 Novembre 1970-9 Novembre 2013












"Faire en sorte que l'intérêt particulier soit contraint de céder à l'intérêt général ; que les grandes ressources de la richesse commune soient exploitées et dirigées à l'avantage de tous ; que les coalitions d'intérêts soient abolies, une fois pour toutes.

Gouverner à coups d'initiatives, de risques, d'inconvénients."

Charles de GAULLE

jeudi 7 novembre 2013

Retour de Terre Sainte















"C'est à celui qui au Mont des Oliviers
lutta, en suant sang et eau,
avec Dieu, en de brûlantes suppliques, 
que revint la victoire, 
c'est sur ce mont que se décida
le sort du monde.
Là, tombez à terre
et priez
sans plus demander : 
Qui ? Comment ? Où ? Quand ?

Ne jugeons pas
si nous ne voulons être jugés.
L'apparence de toute chose

nous est trompeuse.
Nous ne voyons ici, sur la terre,
que des énigmes ;
le créateur seul
connaît l'être véritable."

Edith STEIN, La puissance de la croix, Paris, Nouvelle Cité, 1982, pp. 99-100.
(traduction Thomas Soriano)