jeudi 14 novembre 2013

Solitaire et solidaire : l' "ami Camus"












A n'en pas douter, le temps était venu de "redécouvrir" l'oeuvre d'Albert Camus, sa signification pour notre temps. Telle est probablement la raison profonde pour laquelle on assiste aujourd'hui à une floraison d'ouvrages et d'articles le concernant. Et l'occasion est bienvenue de célébrer le centenaire de sa naissance (ah ! cette manie de la commémoration !) : saluons donc aussi la bonne aubaine pour les éditeurs !

Contrairement à ce qui s'est beaucoup écrit depuis la controverse avec Sartre, Albert Camus est moins un philosophe qu'un moraliste, dans la grande tradition française des La Rochefoucauld, Chamfort, Joubert, etc. Il n'est donc guère surprenant qu'en ces temps de crise et de grogne, d'individualisme exacerbé et d'impuissance de l'Etat, le message de droiture et de fraternité que porte l'oeuvre de Camus trouve un écho chez nos contemporains déboussolés.
En ce sens, les deux pages de supplément que consacre à Camus un grand journal du soir sous le titre "L'ami Camus" (1) me paraît significatif d'une réelle nostalgie de cette fraternité (républicaine ou non...) aujourd'hui aussi fréquemment invoquée dans les discours qu'oubliée dans les actes.
Il est vrai que ce gouvernement a tout fait pour diviser les Français ("mariage pour tous", hausse sans discernement des impôts, etc.) alors qu'il eût fallu les rassembler afin de mobiliser les énergies en vue du redressement.

A mon sens, le directeur de la rédaction du Nouvel Observateur, Claude Weil, a sans doute raison lorsqu'il émet l'opinion selon laquelle une grande partie des Français de la "France profonde", provinciale, attribuerait la responsabilité de ses maux à une "élite" parisienne qui concentre entre ses mains tous les leviers, politiques, économiques, informationnels.
Comment entendre encore la voix angoissée d'un peuple au bord de la crise de nerfs quand on vit entre soi, à l'abri de la précarité et du chômage ?

Me revient en mémoire la réponse du journaliste Rambert à la tentation du bonheur solitaire lorsque, face à la peste qui sévit dans Oran, celui-ci choisit, au prix d'un renoncement à son bonheur personnel, de suivre la voix (la voie) morale qui lui enjoint de demeurer solidaire de ses amis Tarrou et Rieux :

En effet, dit-il, "il peut y avoir de la honte à être heureux tout seul (2)."

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(1) "Le Monde" daté du vendredi 8 novembre 2013.
(2)  Albert CAMUS, La  Peste in Oeuvres complètes, tome 2, Paris, Gallimard, 2006, p. 178. Collection "Bibliothèque de La Pléiade".
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