dimanche 26 janvier 2014

La nécessaire conscience écologique
















"Nous sommes les enfants du vivant et du règne animal.
Toutes nos mythologies sont imprégnées de notre parenté et de notre proximité avec les autres êtres vivants.
(...)
La pensée qui divise a séparé l'humain du naturel. Tout ce qui existe de naturel dans l'humain est relégué dans les départements universitaires de biologie. Quant aux sciences humaines, elles s'occupent uniquement de la partie culturelle de l'humain. Tout ce qui est humain est dissocié de la nature. A l'opposé, certains tendent à réduire l'humain à la nature, au comportement des fourmis ou des chimpanzés.
La Terre n'est pas constituée par l'addition d'une planète physique, plus la géosphère, plus la biosphère, plus l'humanité. La Terre est un tout complexe physico-biologico-anthropologique. Et l'homme est une émergence de l'histoire de la vie sur Terre.
L'humanité est une entité planétaire et biosphérique. L'être humain, à la fois naturel et supranaturel, doit être appréhendé dans la nature vivante et physique dont il émerge et dont il se distingue à travers la culture, la pensée et la conscience.
C'est la rationalité elle même qui nous ramène à la Terre : les trous dans la couche d'ozone, l'effet de serre, les déforestations massives des grandes forêts tropicales qui produisent notre oxygène commun, la stérilisation des océans, des mers et des fleuves, les innombrables pollutions et les catastrophes sans frontières : tout cela nous montre que la Terre-Patrie est en danger.
(...)
Avoir une conscience écologique signifie avoir conscience de la dépendance de notre autonomie humaine. Une telle prise de conscience doit nous amener, nous autres Européens et Occidentaux, à comprendre la vérité de maintes philosophies non européennes ou non occidentales - celles des Asiatiques, des Africains, des autochtones américains -, à nous réconcilier avec elles et à parvenir à une vision véritablement universelle du monde. L'homme doit se considérer comme le gérant du monde vivant, non comme le dévastateur du système solaire."

Edgar MORIN, Mauro CERUTI, Notre Europe, Décomposition ou métamorphose ?, Paris, Fayard, 2014, pp. 96-98.
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