dimanche 9 février 2014

Choisir la Vie !





















"La pensée antiraciste, née en particulier des luttes anticoloniales de ces mêmes années (1), contraint la théorie marxiste européenne à adopter le point de vue des corps pour reconnaître à la fois les structures de domination et les possibilités de luttes libératrices. Deux films d'Alain Resnais des années 1950 permettent d'identifier une autre manière de penser l'importance théorique du corps. Nuit et brouillard et Hiroshima mon amour (écrit par Marguerite Duras) impriment dans l'imaginaire d'une génération d'intellectuels européens les atrocités de l'Holocauste et la dévastation atomique au Japon. La menace et la réalité des actes de génocide propulsent le thème de la vie sur le devant de la scène, de sorte qu'aucune référence à la production et à la reproduction économiques ne peut oublier le rôle central des corps. Chacune de ces perspectives - la pensée féministe, antiraciste, anticoloniale, et la conscience du génocide - oblige les théoriciens marxistes de cette génération à reconnaître non seulement le devenir-marchandise des corps au travail, mais aussi la torture infligée aux corps racialisés et genrés. Ce n'est pas une coïncidence si la série des études classiques du malaise et de la pauvreté de l'esprit humain - de Freud à Marcuse - peut se lire comme une encyclopédie de la violence coloniale et capitaliste."

Michael HARDT et Antonio NEGRI, Commonwealth, Paris, Stock, 2012 et éditions Gallimard, collection "Folio-essais", pp. 55-56.
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(1) Les années 1950-1960 : c'est moi qui précise ...
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