jeudi 6 mars 2014

L'aliénation économique dans la vie contemporaine
















 Des révélations du magazine Closer à l'affaire Buisson, les pratiques délétères qui ont cours aujourd'hui dans bien des secteurs de notre société me rappellent les analyses d'Axel Honneth, ce moderne héritier et continuateur de l'Ecole de Francfort.
Qu'on en juge par ces lignes dont la pertinence ne manquera pas de frapper tout observateur attentif de la vie sociale contemporaine :

"... les sujets ont une tendance de plus en plus forte à feindre d'éprouver des sentiments ou des désirs par opportunisme, jusqu'au point où ils en viennent à les éprouver effectivement comme s'il s'agissait d'éléments authentiques de leur propre personnalité. Cette forme d'automanipulation émotionnelle, Lukacs l'avait bien perçue lorsqu'il traitait du journalisme comme d'une manière de "prostituer" les "expériences vécues et les convictions", y voyant le comble de la réification sociale.
(...)
Dans ce contexte éthique, il est question de "réification" ou de processus apparentés à la réification dans un sens décidément normatif. On définit par là un comportement humain qui viole des principes moraux ou éthiques, dans la mesure où il traite les autres sujets non pas conformément à leurs qualités d'êtres humains, mais comme des objets dépourvus de sensibilité, des objets morts, voire des "choses" ou des "marchandises". Les phénomènes empiriques auxquels se réfèrent ces définitions correspondent à des tendances différentes, qui vont de la demande croissante de mères porteuses à la marchandisation des relations amoureuses ou encore au développement explosif de l'industrie du sexe.
(...)
L''appréhension quantitative de l'objet, le traitement instrumental d'autrui, le fait de se rapporter à l'ensemble de ses propres capacités et de ses besoins comme à quelque chose d'économiquement profitable - tout cela est subsumé sous le terme de chosification. Ainsi qualifiera-t-on de "réifiantes" toute une série de conduites, qui vont de l'égoïsme brut au triomphe des intérêts économiques, en passant par l'absence d'empathie (Teilnahmlosigkeit) à l'égard d'autrui (1)."

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 (1) Axel HONNETH, La réification, Paris, Gallimard, 2007, pour la traduction française, pp. 16-17 et 23.

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