dimanche 20 avril 2014

De l'autorité

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 "L'autorité reposait sur une fondation dans le passé qui lui tenait lieu de constante pierre angulaire, donnait au monde la permanence et le caractère durable dont les êtres humains ont besoin précisément parce qu'ils sont les mortels - les êtres les plus fragiles et les plus futiles que l'on connaisse. Sa perte équivaut à la perte des assises du monde, qui, en effet, depuis lors, à commencé de se déplacer, de changer et de se transformer avec une rapidité sans cesse croissante en passant d'une forme à une autre, comme si nous vivions et luttions avec un univers protéen où n'importe quoi peut à tout moment se transformer en quasiment n'importe quoi. Mais la perte de la permanence et de la solidité du monde - qui, politiquement, est identique à la perte de l'autorité - n'entraîne pas, du moins pas nécessairement, la perte de la capacité humaine de construire, préserver et prendre à coeur un monde qui puisse nous survivre et demeurer un lieu vivable pour ceux qui viennent après nous."

Hannah ARENDT, La crise de la culture, Paris, Gallimard, 1972, pour la traduction française, p. 126. (Collection "Folio essais")
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