mardi 20 mai 2014

La Joie





















 "La porte de la connaissance s'est entrouverte lorsque j'ai consenti à m'écouter, à m'entendre, à me laisser enseigner par Celui qui me tend toujours la main. Chacun de nous est unique, incomparable ; d'où vient que nous ne cessons de comparer l'incomparable ? Nous avons beaucoup d'illusions sur nous-mêmes ; d'où vient que nous nous efforçons de devenir ces illusions que nous ne serons jamais ?

La naissance à nous-mêmes se fait dans la sagesse du temps. Ce noyau, unique, sacré en nous, ne cesse de nous travailler en liberté. Il oriente notre croissance morale et spirituelle. C'est de cette source fragile, vulnérable, soumise aux intempéries de la vie, que nous avons à choisir de nous lever.

Le chemin vers la vérité est douloureux. La vérité ne s'explique pas, ne se justifie pas ; elle est ou elle n'est pas. C'est l'unique chemin vers soi-même où Tu nous attends.

Tu es là dans mon regard, dans mes gestes, dans chaque frémissement de mon être.
Ta lumière jaillit de ma souffrance. Ta joie en moi n'est Joie que si elle appelle la  joie d'autrui."

Magda HOLLANDER-LAFON, Quatre petits bouts de pain, Des ténèbres à la joie, Paris,Albin Michel, 2012 et "Le Livre de Poche", pp. 110-111.

jeudi 8 mai 2014

8 Mai 1945 - 8 Mai 2014














 "... ils s'étaient aperçus que celui qui "a épousé la Résistance, a découvert sa vérité", qu'il cessait de se chercher "sans jamais accéder à la prouesse, dans une insatisfaction nue", qu'il ne se soupçonnait plus lui-même d'"insincérité", d'être "un acteur de sa vie frondeur et soupçonneux", qu'il pouvait se permettre d'"aller nu". Dans cette nudité, dépouillés de tous les masques - de ceux que la société fait porter à ses membres aussi bien que de ceux que l'individu fabrique pour lui-même dans ses réactions  psychologiques contre la société - ils avaient été visités pour la première fois dans leurs vies par une apparition de la liberté, non, certes, parce qu'ils agissaient contre la tyrannie et contre des choses pires que la tyrannie - cela était vrai pour chaque soldat des armées alliées - mais parce qu'ils étaient devenus des "challengers", qu'ils avaient pris l'initiative en main et par conséquent, sans le savoir ni même le remarquer, avaient commencé à créer cet espace public entre eux où la liberté pouvait apparaître. "A tous les repas pris en commun, nous invitons la liberté à s'asseoir. La place demeure vide mais le couvert reste mis."

Hannah ARENDT, La crise de la culture, Paris, Gallimard, 1972 , pour la traduction française. Collection "Folio essais" pp. 12-13.