dimanche 22 juin 2014

Le philosophe, le mythe et la Transcendance

La pensée du jour :

"Avons-nous le droit d'appréhender comme chiffres, dans des mythes, ce qui nous est inaccessible ? Avons-nous le droit de nous dire, en pensant des concepts, ce que nous éprouvons peut-être dans une certitude de notre existence, mais qui nous échappe dès que nous voulons le saisir par la connaissance ?"

Karl JASPERS, Initiation à la méthode philosophique, op. cit. p. 203.

mercredi 18 juin 2014

18 JUIN 1940-18 JUIN 2014















"Presque chaque jour, les radios de Londres diffusaient : "Trois pays résistent en Europe : la Grèce, la Yougoslavie, la Haute-Savoie." La Haute-Savoie, c'était les Glières. Pour les multitudes éparses qui entendaient les voix du monde libre, ce plateau misérable existait à l'égal des Balkans.
(...)
Le mot Non, fermement opposé à la force possède une puissance mystérieuse qui vient du fond des siècles. Toutes les plus hautes figures spirituelles de l'humanité ont dit Non à César. Prométhée règne sur la tragédie et sur notre mémoire pour avoir dit Non aux Dieux. La Résistance n'échappait à l'éparpillement qu'en gravitant autour du Non du 18 Juin."

André MALRAUX, Inauguration du monument à la mémoire des martyrs de la Résistance in Oraisons funèbres, Le Miroir des limbes, Paris, Gallimard, 1976, coll. "Bibliothèque de la Pléiade", pp. 999-1000. 

lundi 16 juin 2014

De l'amour




















 "a) La passion érotique et l'amour métaphysique s'allument tous deux dans la jeunesse, tous deux sont prêts à tous les sacrifices, et se vouent à un objet unique. Mais alors que, dans la passion, il se trouve une conscience imaginaire d'éternité, celle que procure l'ivresse, dans l'amour, c'est la volonté de durée qui se trouve dans le temps. La passion est liée à l'événement ; elle vient et elle va. L'amour a le sens profond du "pour toujours" et de "toujours". Il arrive une fois dans la vie, et une seule. La passion est aveugle sur l'esssentiel, l'amour clairvoyant sur tout.
A partir de cette distinction, nous nous posons des questions auxquelles il n'y a pas de réponses. La certitude de l'amour métaphysique peut-elle être une erreur de la passion ? Un partenaire sans foi peut-il détruire la source d'amour que celui qui l'aime sincèrement a perdue avec lui ? Après un échec érotique, les amants qui s'appartiennent primitivement l'un à l'autre peuvent-ils malgré tout se rencontrer enfin, se reconnaître et, après coup, comprendre leurs erreurs, les assumer et les surmonter ?
Un amant peut-il feindre un amour métaphysique, et l'autre peut-il le considérer avec lui comme une réalité, jusqu'à ce que l'infidélité démasque cette illusion ? et celle-ci, bien que vidée de son contenu, peut-elle être cependant maintenue dans la scission entre l'imagination poétique et la réalité de l'infidélité ?
Ce sont là des questions inquiétantes, auxquelles on ne peut trouver de réponses ni quand on les pose en termes généraux, ni quand ce sont des drames concrets qui les posent.
b) Le hasard de la rencontre est le sort auquel l'éternité est soumise dans le temps. Le hasard est quelconque, et pourtant, comme il est unique, on ne peut en faire l'échange. Y a-t-il des humains qui restent seuls parce qu'ils n'ont pas eu cette "chance" de rencontrer leur partenaire éternel, et qu'ils se refusent à se contenter de l'imperfection ? Est-ce qu'ils ne pourraient pas devenir transparents à eux-mêmes dans la confusion du monde, parce que leur réalisation ne s'est pas produite ?
c) L'amour métaphysique fait-il éclater l'existence quand la réalité violente du monde s'oppose à sa réalisation ? Pour de tels amants, le monde cesse-t-il d'exister ?

(...)

Les éléments de l'amour se recoupent

Notre schéma disait : la convoitise sexuelle, le jeu de l'érotisme, la passion, l'ordre du mariage, l'origine éternelle de l'union de deux êtres, tout cela est contenu dans le mot "amour".
Mais ce schéma distingue l'inséparable. Les éléments de l'amour s'accomplissent quand ils sont unis ; ils dégénèrent quand ils sont isolés.
Mais l'origine métaphysique, la décision, la promesse, le contrat juridique, la passion érotique et la réussite sexuelle devraient-ils vraiement se fondre en un ?
Il n'y a pas d'exemple d'un tel accomplissement dans la durée du temps. On ne peut ni l'imaginer ni le concevoir. Dans la durée on voit s'immiscer des impuretés. Les éléments du schéma entrent en conflit. L'amour métaphysique, qui abolirait l'indépendance des éléments, ne parvient pas à s'imposer.
L'homme faisant partie de la Nature, il y a en lui des forces qui s'opposent à l'unité. Le Grec rend un culte à Aphrodite, déesse de la sexualité exaltée sous la forme de la beauté, à Artémis, qui incarne le refus de toute sexualité (et incompatible avec la précédente), à Héra, gardienne du mariage, et à la déesse mère Déméter, puissance infinie de fécondité et de destruction."

Karl JASPERS, Initiation à la méthode philosophique, Paris, Petite Bibliothèque Payot, 2002, pp. 180-181 et 183.


mardi 10 juin 2014

L'opinion publique











 
"L'opinion publique est le lieu : tout d'abord de l'information, puis de la confrontation intellectuelle. Elle n'est nullement la substance d'une opinion qui serait celle existant dans le public, que l'on constaterait et qui devrait être considérée comme normative.
L'opinion publique révèle les intérêts particuliers, qui se heurtent à d'autres intérêts. C'est pourquoi sa prétention d'être d'intérêt public n'est justifiée que dans le cadre de l'ensemble de tous les intérêts. Aucun intérêt particulier n'a le droit de se mettre sur le même plan que le bonum commune, l'intérêt public.
Un seul intérêt public est absolu : que cette lutte dans la vérité et la sincérité soit possible avec des chances égales ; l'enjeu de cette lutte doit être d'une part la hiérarchie des intérêts, d'autre part ce qui englobe tous les intérêts : la liberté, la res publica."

Karl JASPERS, Initiation à la méthode philosophique, Paris, Petite Bibliothèque Payot, 2002, pp. 145-146.

dimanche 8 juin 2014

Pentecôte
















"Il est totalement présent en chacun et partout. Se divisant, Il ne subit pas la division. Lorsqu'on communie à Lui, Il ne cesse de rester entier, tout comme un rayon de soleil ... qui procure des délices à tous, de sorte que chacun se croit être le seul à en profiter, tandis que cette clarté illumine la terre et la mer et pénètre l'air. De même l'Esprit se trouve présent dans chacun de ceux qui Le reçoivent, comme s'Il n'était communiqué qu'à lui seul et cependant Il déverse sur tous la grâce totale, dont jouissent tous qui y participent selon la mesure de leurs propres capacités, car il n'y a pas de mesures pour les possibilités de l'Esprit."

SAINT BASILE, Lib. de Spiritu Sancto, cité par Vladimir LOSSKY in Théologie mystique de l'Eglise d'Orient, Paris, Aubier, 1944, p. 163.