dimanche 20 juillet 2014

Fides et oratio

A Bethléem














"Sans cesse et selon des modes toujours nouveaux, le monde déclare qu'il est impossible que Dieu ait la disposition manifestée dans la Révélation, la réalité étant ce qu'elle est. Et n'y a-t-il pas des heures où nous-mêmes avons l'impression d'être des insensés, en croyant à des choses comme l'amour de Dieu et la grâce, alors qu'une expérience après l'autre de notre vie personnelle, une information de la vie du monde après l'autre paraissent nous dire que les véritables puissances sont la science et la technique, et, quant au reste, l'argent, la ruse et la victoire ? Instruits par la Révélation, il nous faut vaincre cette apparence grâce à la foi, et ainsi, ramener le monde dans la main de Dieu, en quelque sorte."

Romano GUARDINI, Le message de Saint Jean, Paris, Editions du Cerf 1965, pp. 158-159.

samedi 19 juillet 2014

De la disparition



















"Sur toute disparition plane l'ombre de la mort. Les simples allées et venues des êtres animés nous épargnent à des degrés variables ces affres de l'angoisse du non-retour, du disparaître définitif. Il y a comme une grâce des choses qui "veulent" bien revenir ; mais il y a aussi la fantaisie des choses qui disparaissent et réapparaissent à leur gré : les clés de la maison ou de la voiture, par exemple... Dans le cas le plus favorable, celui des allées et venues familières - et souvent familiales -, la chaîne de l'apparaître, du disparaître et du réapparaître est si bien nouée qu'elle donne à l'identité perceptive un aspect d'assurance, voire de réassurance, à l'égard de la foi perceptive ; la distance temporelle, que la disparition étire et distend, est intégrée à l'identité par la grâce même de l'altérité. Echapper pour un temps à la continuité du regard fait de la réapparition du même un petit miracle."

Paul RICOEUR, Parcours de la reconnaissance, Paris, Stock, 2004 et Gallimard, collection "folio essais", p. 110.

lundi 14 juillet 2014

Panem et circenses














Au risque de paraître nostalgique et grincheux, j'avouerai que les champions du monde d'aujourd"hui ont du mal à me faire oublier ceux d'hier et le plaisir que me procura, il y a quatre ans, le jeu délié et subtil de la "Roja" (1).
S'il est néanmoins une leçon à retenir de l'Allemagne, c'est bien celle-ci : comptons sur nos propres forces et qualités; formons une véritable équipe de France; adossons-la à nos centres de formation et misons sur l'enthousiasme et le talent de nos jeunes footballeurs.
Et surtout, rompons avec le football-fric et ses "équipes" de mercenaires aux salaires indécents.
Combien y a-t-il de Parisiens dans la formation du PSG ? De Monégasques dans celle de l'AS Monaco ? De Londoniens au Chelsea FC ?
La FIFA a beau tenter de ménager la chèvre et le chou en attribuant à Leonel Messi un trophée - d'ailleurs immérité - de "meilleur joueur du Mondial", personne n'est dupe.
Derrière la "com", le fric !
Qui ne voit que les seules équipes restées en lice à chaque étape de la compétition sont celles des pays les plus riches, capables d'investir dans des centres de formation généreusement dotés, et surtout d'envoyer au Brésil les plus gros contingents de supporters à fort pouvoir d'achat?
Alors, l'amour du football, oui ! Mais que ce soit à la manière de Camus :

Maintenant encore, les matchs du dimanche, dans un stade plein à craquer et le théâtre, que j'ai aimé avec une passion sans égale, sont les seuls endroits au monde où je me sente innocent.”(2)

J'aimerais pouvoir rester un supporter innocent !

P.S.
Deux mots sur l'arbitrage de cette finale : M. Rizzoli, arbitre "expérimenté" selon la FIFA, omet de siffler un penalty patent en faveur de l'Argentine. Quant à l'agression de Neuer, genou en avant sur la tempe d'Higuaïn (57° minute), elle me rappelle furieusement celle de Schumacher sur Patrick Battiston durant la demi-finale de Séville en 1982. Aucune sanction de la part de l'arbitre.
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(1) Cf. mon blog du 30 juin 2008 : http://jlbo.blogspot.fr/2008/06/la-jora-sur-le-pinacle.html

(2) Voir :  http://www.sofoot.com/blogs/marxist/la-solitude-du-gardien-de-but-albert-camus-et-le-foot-126056.html

mardi 8 juillet 2014

Le relativisme













 "Sous l'effet des sciences sociales, nous nous sommes  progressivement habitués à l'idée qu'il n'existait  pas de valeurs en soi, intemporelles et éternelles. Nous regardons volontiers toute norme, toute institution intellectuelle, morale ou politique comme le produit d'une histoire dont la reconstruction est censée épuiser le sens. C'est peu de dire que le XX° siècle intellectuel et moral aura été marqué par une "crise de l'universel". Ce relativisme a pourtant  mis longtemps à s'imposer dans le domaine de la philosophie où il s'est volontiers présenté, à partir des années soixante du siècle dernier, comme radicalement subversif, et par là même, voué à la marginalité. Naïveté réelle ou coquetterie ? Il faut bien en tout cas nous rendre à l'évidence : la vérité est que l'historicisme - le relativisme - est omniprésent. Loin d'être une pensée marginalisée ou refoulée en raison d'un potentiel subversif trop grand pour être accepté dans nos sociétés libérales, il en constitue le principe le plus solide et le plus manifeste. L'idée qu'il pourrait exister une vérité "absolue" (ce qui signifie seulement : non relative, on doit le rappeler tant le terme est devenu péjoratif) fait sourire le premier lycéen venu, quand elle ne l'effraie pas. En toute hypothèse, elle heurte généralement sa seule conviction certaine : celle selon laquelle il n'y a pas de vérité absolue. Ce résultat lui-même est le fruit d'une longue histoire, d'une histoire qui fut, en effet, celle de profondes subversions. Car la philosophie moderne ne commence ni avec Nietzsche, ni avec Marx, mais bien avec Descartes qui croyait fermement, difficile de le constester, en l'absoluité des vérités éternelles. La distance qui nous sépare aujourd'hui d'une telle croyance paraît abyssale."

Luc FERRY, Kant, une lecture des trois "critiques", Paris, Grasset, 2006, pp. 153-154.