samedi 19 juillet 2014

De la disparition



















"Sur toute disparition plane l'ombre de la mort. Les simples allées et venues des êtres animés nous épargnent à des degrés variables ces affres de l'angoisse du non-retour, du disparaître définitif. Il y a comme une grâce des choses qui "veulent" bien revenir ; mais il y a aussi la fantaisie des choses qui disparaissent et réapparaissent à leur gré : les clés de la maison ou de la voiture, par exemple... Dans le cas le plus favorable, celui des allées et venues familières - et souvent familiales -, la chaîne de l'apparaître, du disparaître et du réapparaître est si bien nouée qu'elle donne à l'identité perceptive un aspect d'assurance, voire de réassurance, à l'égard de la foi perceptive ; la distance temporelle, que la disparition étire et distend, est intégrée à l'identité par la grâce même de l'altérité. Echapper pour un temps à la continuité du regard fait de la réapparition du même un petit miracle."

Paul RICOEUR, Parcours de la reconnaissance, Paris, Stock, 2004 et Gallimard, collection "folio essais", p. 110.

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