mardi 8 juillet 2014

Le relativisme













 "Sous l'effet des sciences sociales, nous nous sommes  progressivement habitués à l'idée qu'il n'existait  pas de valeurs en soi, intemporelles et éternelles. Nous regardons volontiers toute norme, toute institution intellectuelle, morale ou politique comme le produit d'une histoire dont la reconstruction est censée épuiser le sens. C'est peu de dire que le XX° siècle intellectuel et moral aura été marqué par une "crise de l'universel". Ce relativisme a pourtant  mis longtemps à s'imposer dans le domaine de la philosophie où il s'est volontiers présenté, à partir des années soixante du siècle dernier, comme radicalement subversif, et par là même, voué à la marginalité. Naïveté réelle ou coquetterie ? Il faut bien en tout cas nous rendre à l'évidence : la vérité est que l'historicisme - le relativisme - est omniprésent. Loin d'être une pensée marginalisée ou refoulée en raison d'un potentiel subversif trop grand pour être accepté dans nos sociétés libérales, il en constitue le principe le plus solide et le plus manifeste. L'idée qu'il pourrait exister une vérité "absolue" (ce qui signifie seulement : non relative, on doit le rappeler tant le terme est devenu péjoratif) fait sourire le premier lycéen venu, quand elle ne l'effraie pas. En toute hypothèse, elle heurte généralement sa seule conviction certaine : celle selon laquelle il n'y a pas de vérité absolue. Ce résultat lui-même est le fruit d'une longue histoire, d'une histoire qui fut, en effet, celle de profondes subversions. Car la philosophie moderne ne commence ni avec Nietzsche, ni avec Marx, mais bien avec Descartes qui croyait fermement, difficile de le constester, en l'absoluité des vérités éternelles. La distance qui nous sépare aujourd'hui d'une telle croyance paraît abyssale."

Luc FERRY, Kant, une lecture des trois "critiques", Paris, Grasset, 2006, pp. 153-154.
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