mardi 13 octobre 2015

La décision morale




















"Le temporel est le lieu de la décision morale. Mais pour celui qui croit que le Dieu vivant est activement présent dans sa liberté, la décision morale est décision mystique.
Le temporel, c'est le monde où se déploie notre activité d'hommes libres : personnes, choses, événements, situations. Or les personnes sont toujours engagées dans des situations (famille, métier, patrie) et aux prises avec des événements (familiaux, professionnels, politiques). Envisager les personnes indépendamment des situations et des événements qui conditionnent leur histoire, c'est les transformer en abstractions proprement in-humaines.
Les situations et les événements mettent en cause des valeurs (justice, honnêteté, vérité, fraternité, liberté). Le monde - le temporel - n'est pas une somme de faits (paix, guerre, grève) qui ne seraient que faits. Telle grève est juste ou injuste. Telle paix est acquise au prix de la lâcheté. Telle situation confortable est le fruit d'une ponction malhonnête sur le revenu national ou international. Telle organisation professionnelle ne fait pas droit au mérite des travailleurs.
Une décision morale est celle qui, provoquée par les faits (situations ou événements) se propose de faire triompher les valeurs (justice, honnêteté, vérité). Elle est donc en prise, directe ou indirecte, sur le temporel. Il n'est pas de décision morale qui ne soit une attitude concrète de la liberté affrontée au temporel. L'absence de décision est, elle aussi, le plus souvent une décision, tout comme l'inertie est  une force."

François VARILLON, L'humilité de Dieu, Paris, Le Centurion, 1974, pp. 147-148.