jeudi 12 novembre 2015

La pensée du jour :

"Le sage n'est pas celui qui est riche d'expériences, celui qui excelle par son habileté technique, par sa dextérité, par ses expédients (...). Le sage est celui qui jette une lumière dans l'obscurité, qui défait les noeuds, qui manifeste l'inconnu, qui précise l'incertain."

Giorgio COLLI, La naissance de la philosophie, Paris, Editions de l'éclat, 2004 pour la trad. fçse, p. 17.

lundi 9 novembre 2015

Quarante-cinquième anniversaire de la mort du général de Gaulle





















Nous aimons la France pour la beauté de ses paysages et de ses monuments, mais nous l'aimons surtout pour sa grandeur. Celle-ci lui vient de son histoire et s'est nourrie, au fil des siècles, du génie et souvent du sacrifice de ses enfants. Le général de Gaulle, à l'instar de Charles Péguy, était tout pénétré du caractère mystique de cet amour et de la grandeur qui l'inspirait.
Rester fidèles à cette histoire grandiose et à l'héritage reçu exige de nos dirigeants bien autre chose que l'intelligence, la ruse ou même le savoir technicien censés avoir été acquis à l'ENA ou dans les cabinets ministériels...
Comme le rappelle pertinemment Régis Debray (1), il y a une nécessaire dimension littéraire (et peut-être même épique : que l'on songe à de Gaulle) qui reste inséparable non seulement de la fonction présidentielle mais aussi de l'homme qui l'exerce. Celle-ci l'informe et il en fait sa substance. De Gaulle, Georges Pompidou, François Mitterand furent ces hommes de lettres et de culture qui surent assumer et illustrer cette nécessaire dimension du leadership à la française. La grandeur de la France ne leur fut jamais étrangère car ils en étaient en quelque façon les fruits autant que les héritiers et se savaient comptables de cet insigne héritage.
Hélas ! Au spectacle de ce qui nous est offert aujourd'hui me revient en mémoire ce vers de Corneille : "Et le fils dégénère qui survit un moment à l'honneur de son père" ...

Depuis un demi siècle, nos dirigeants, par médiocrité, pusillanimité, absence de vision, ont consenti sinon contribué à l'affaiblissement et à la vassalisation de la France.
L'Europe, l'OTAN ont tour à tour servi de prétexte et de paravent à leurs renoncements. Leur mépris de l'Histoire, leur inculture les a conduits à préférer les facilités de la démagogie et du mensonge à l'affirmation d'une volonté et à la poursuite d'une ambition, quand bien même eussent-ils dû, pour se hisser à la hauteur de la tâche, braver l'impopularité. Car la fronde reste, depuis Louis XIV, une constante de la vie politique française et il n'est guère de gouvernement qui ne s'y soit vu confronté. L'aura, le prestige que le peuple attache encore instinctivement à la fonction présidentielle - cette "monarchie républicaine" - interdit, en effet, la familiarité, les "petites blagues" et plus encore la vulgarité des attitudes et des propos.

L'ombre immense du général de Gaulle, telle la statue du Commandeur, n'a pas fini de hanter nos mémoires et nos nostalgies !



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(1)  "Une société postlittéraire est une société posthistorique. Et, en France, si la littérature a toujours été entachée de politique, la politique, elle, a toujours été enluminée de littérature. Nous avons, d'un côté, une tradition qui va de Chateaubriand à Malraux, celle de la littérature dite politique, et, de l'autre, un fil qui court de Saint-Just jusqu'à de Gaulle - c'est-à-dire : des écrivains. Si la France est quelque chose comme une nation, c'est-à-dire un peuple singularisé par une histoire, c'est parce qu'elle fut une littérature. Aujourd'hui, elle ne l'est plus qu'à la marge. A la fois du fait des classes dirigeantes devenues massivement illettrées ... Mais du fait aussi de l'écosystème : nous sommes passés de la graphosphère à la vidéosphère; et la culture visuelle a remplacé la culture littéraire. La France, où l'homme de lettres et l'homme d'action se sont toujours donné la main, a été la plus atteinte, la plus blessée par ce changement climatique." in revue "Marianne" n° 964, p. 70.