jeudi 15 décembre 2016

La nouvelle "u-topie"















"Ne disons pas que nous avons raccourci les distances, exploits jadis accomplis par les ânes, les bicyclettes, les aéronefs ou les fusées spatiales, découvrons plutôt que nous avons changé d'espace : le voisinage immédiat ayant remplacé la distance, l'espace, de métrique, est devenu topologique. Nous vivons dans la proximité généralisée. Tout écart a disparu. Or, comme, par sa racine, le mot "a-dresse" (di-rectus : direction dans la région et direction ou commandement selon les règles) se réfère, en même temps qu'à l'espace, au droit et à la politique - ainsi codée, ma position permet à la maréchaussée d'avoir accès à mon corps, en cas de délit ou de crime -, ce changement d'espace transforme ces deux instances-là. Changeant d'adresse, nous ne vivons plus dans le même espace ; mutant d'espace, nous devons transformer nos institutions politiques et nos droits."

Michel SERRES, Darwin, Bonaparte et le Samaritain, une philosophie de l'histoire, Paris, Le Pommier, 2016, p. 152.

samedi 26 novembre 2016

De la visibilité esthétique




















 "... l'anamorphose n'est pas seulement ce dispositif d'histoire de la peinture, mais aussi une détermination plus générale qui rend compte de la visibilité et de la phénoménalité esthétiques, 
à savoir l'impossibilité de la prévision et le fait que toute vision est le résultat d'une convocation, d'une convocation par et d'une soumission à l'apparition du visible lui-même. Un dispositif non 
pas de prévision, mais de post-vision. Et alors cela permet de comprendre la façon dont nous nous comportons vis-à-vis de la visibilité esthétique. La question:"Qu'est-ce qu'une oeuvre d'art ? Qu'est-ce qu'on doit mettre dans un musée ? Faut-il qu'il y ait des musées ?" etc., est une question qui se pose parce que certains phénomènes l'imposent. Quels phénomènes imposent d'être pris pour des oeuvres d'art, d'être quasi sacralisés ou enterrés vivants dans des musées ? Ce sont ces visibles qui ne peuvent pas être prévus, ils sont post-vus, et dont on peut dire que personne ne les a jamais vus. J'insiste sur ce point : qu'est-ce qu'une "oeuvre d'art" (je prends cette expression tellement datée et tellement étroite qu'elle est significative) ? Qu'est-ce que les gens, les bourgeois appellent une "oeuvre d'art" ? Ou l'expert. C'est ce que l'on revoit. L'oeuvre d'art, ce n'est pas quelque chose que l'on voit, c'est ce qu'on revoit, ce qu'on va revoir. L'objet, ce n'est pas ce qu'on voit comme tel, c'est ce qu'on prévoit et qu'on essaie de voir le moins possible pour qu'il marche, qu'il fonctionne. L'oeuvre d'art, au contraire, c'est ce dont on ne peut jamais dire : je l'ai vue. Celui qui dit : "J'ai vu un tableau et donc je n'ai aucun besoin de le revoir", ou bien ce qu'il a vu n'était pas un tableau, ou bien lui-même est un imbécile. La définition du tableau, de l'oeuvre d'art, c'est qu'il est toujours nécessaire d'aller le revoir."

Jean-Luc MARION, Ce que nous voyons et ce qui apparaît, Bry-sur-Marne, INA, 2015, pp. 48-49.

vendredi 9 septembre 2016

La littérature, c'est la liberté !












"En France, la littérature n'est pas que la littérature. Elle n'est pas qu'un des beaux-arts : elle est une forme de résistance à l'oppression. Elle est ce qui nous tire vers le haut. (...) La littérature doit rester notre rapport à la vie, qui nous permet de résister au mercantilisme comme au fanatisme. Je suis sceptique avec Montaigne et Voltaire, chrétien avec Pascal et Chateaubriand, rêveur avec Gérard de Nerval, romanesque avec Balzac et Proust, véhément avec Bernanos."

Jacques JULLIARD, Ecole, année zéro in "Marianne"
n° 1013, septembre 2016.

mardi 12 juillet 2016

Intimité
















La pensée du jour :

"... dans ce qui fait l'éternel problème de la relation amoureuse affrontant la durée, il ne s'agit pas tant d'une "usure du désir", à proprement parler, ni de ce que la possession se renverse fatalement en déception, comme on l'a tant dit, inutile dramatisation, mais simplement (logiquement) de ce que, si l'Autre est intime en moi, je n'ai plus suffisamment d'écart, à son égard, pour l'agresser : pour que de la libido trouve à s'exercer."

François JULLIEN, Près d'elle, présence opaque, présence intime, Paris, Galilée, 2016,  pp. 108-109.

lundi 13 juin 2016

Plaidoyer pour Antigone

 












Mais qu’espèrent donc ce gouvernement  et celui dont il procède, François Hollande ? Une improbable reconnaissance de l’Histoire ? En l’état, ils ne  peuvent guère compter sur celle des Français…
Si notre pays est aujourd’hui divisé, non plus coupé en deux mais bien en quatre[1], ils y auront contribué par leur entêtement à faire entrer la France dans une mondialisation prétendument heureuse…

André Malraux affirmait – et son propos n’était évidemment pas sans rapport avec l’admiration qu’il vouait au général de Gaulle – : « le plus grand personnage de l’Histoire, c’est Antigone ». Et de préciser ce qui faisait à ses yeux le mérite exemplaire et la gloire immarcescible de ce personnage mythique et tragique : avoir su ramasser en un seul mot son refus de l’inacceptable.
Tant qu’il y aura des hommes, le  « non » d’Antigone symbolisera l’éternelle révolte de l’humain contre l’inhumain. Car il s’agit bien, comme l’écrivait encore Malraux, de « retrouver l’homme partout où nous avons trouvé ce qui l’écrase[2]. »

Le tragique de l’Histoire prend aujourd’hui pour notre peuple un autre visage que celui de la guerre, mais cette ruse ne trompe que les naïfs ou les étourdis.
Sous son masque consumériste, pour beaucoup certes séduisant, la mondialisation néolibérale que vantent à l’envi nos « élites », constitue pour nous autres Français  (mais nous ne sommes pas les seuls embarqués dans cette galère !) le plus mortel des dangers : celui de perdre son âme. Car la mondialisation néolibérale n’est que le dernier avatar d’une tentation toujours renaissante : celle d’adorer le veau d’or, de servir Mammon plutôt que Dieu.

Ecoutons Bernanos :

« Le spéculateur se fait une certaine idée de l’homme. Il ne voit en lui qu’un client à satisfaire, des mains à occuper, un ventre à remplir, un cerveau où imprimer certaines images favorables à la vente des produits[3]. »

La mondialisation néolibérale, c’est l’entreprise d’asservissement des nations au pouvoir de l’Argent. C’est la victoire du matériel (l’économique) sur le spirituel. C’est la soumission programmée à cette même finance mondialisée que dénonçait naguère le candidat François Hollande.

Nous voici au cœur du problème : ce qu’il faut  reprocher au Président de la République actuel – et ce que les Français, dans leur grande majorité, ne lui pardonnent pas  - c’est le mensonge.

Rien n’est plus ravageur pour celui qui s’y laisse aller que le recours à la tromperie. Et il est aussi vain d’alléguer pour sa défense les nécessités de la conquête du pouvoir que facile d’invoquer le débat entre réformistes et révolutionnaires. Faire le contraire de ce que l’on a promis, quelles que soient les raisons avancées pour se justifier, conduit toujours ceux qui vous ont cru à la méfiance puis au rejet.

Du compromis à la compromission, il n’y a qu’un pas, mais qui débouche sur un abîme !

L’Histoire retiendra que François Hollande et Manuel Valls auront été les fossoyeurs du Parti Socialiste, comme Guy Mollet le fut de la SFIO. Leurs erreurs furent les mêmes. Qu’on se souvienne : après la victoire du Front Républicain aux élections de 1956, par lesquelles les Français avaient donné pour mandat à la majorité de gauche – sur la foi des promesses et du programme des socialistes – de mettre un terme à la guerre d’Algérie, Guy Mollet de retour d’Alger, sous la pression des colons ultras, envoya le contingent livrer une guerre inique, perdue d’avance et contraire aux valeurs du socialisme.

L’excuse  - prétexte ou alibi - est toujours la même : il s’agit, nous dit-on, d’assumer les contraintes du pouvoir, de mettre en œuvre les compromis nécessaires qui permettront les réformes, donc le progrès social. Ainsi la fin justifie-t-elle les moyens.
Tel est au fond l’argument de Créon face à Antigone.  Argument fallacieux qui cache mal une décevante réalité : la mystique se dégrade en politique.
Dans un tel contexte, l’on excipera de sa bonne foi, voire de son courage, en rappelant la fameuse objection de Péguy : « la morale de Kant a les mains pures, mais elle n’a pas de mains … ». Mais qui cela convaincra-t-il encore ?

Etre visionnaire, c’est aussi savoir déchiffrer les signes des temps. C’est ce que fit, dans les pires circonstances, le général de Gaulle lorsqu’il prophétisa la victoire finale, faisant valoir, dès 1940, que « dans l’univers libre des forces immenses n’(avaient) pas encore donné[4]. »

La mission d’une France qui, aujourd’hui, serait fidèle à sa vocation universaliste consisterait à prendre la tête d’une coalition de nations : celles qui voudraient entendre des citoyens lassés de ce monde matérialiste et sans idéal que la mondialisation néolibérale leur propose comme unique perspective.

En dépit des propagandes, on sait bien que la course au profit (mais on dit « compétitivité ») dans un environnement dérégulé ne profite qu’à une minorité de riches qui s’enrichissent toujours davantage au détriment des pauvres et des humiliés.

Etre fidèle aux idéaux de la Révolution française et du socialisme de Péguy, de Jaurès et de Blum, ce ne saurait consister, comme s’y emploient Hollande et Valls,  à insérer la France dans le cercle des nations néolibérales en la soumettant à la loi d’airain d’une compétitivité sans règles ni limites. Tout le monde sait que l’univers mondialisé du néolibéralisme ne favorise que le moins disant social.

Pour être fidèle à sa vocation, il s’agit plutôt pour la France de montrer l’exemple en incarnant le refus d’un monde déshumanisé livré à la seule concurrence mercantile. En prouvant qu’un autre monde est possible, elle rouvrirait à tous les peuples le chemin de l’espérance.



[1] A savoir : extrême gauche, socialistes, droite républicaine et Front national
[2] Les Voix du silence, 1951.
[3] Georges BERNANOS, La liberté pour quoi faire ?, Essais et écrits de combat II, p. 1300.
[4] Appel du 18 juin 1940.

vendredi 29 avril 2016

Des élites françaises


















  


 "Pour chaque peuple, à un moment déterminé de son histoire, il existe une morale, et c'est au nom de cette morale régnante que les tribunaux condamnent et que l'opinion juge."

Emile DURKHEIM, Le déterminisme du fait moral.

 ***

 "Jusque dans les années 1970, après la grande réussite de l'après-guerre et les Trente Glorieuses, l'image des élites, en dépit des critiques qui se manifestent, paraît globalement ratifier les espoirs qu'on avait placés en elles. Le sentiment commun est que le pays dispose d'élites exceptionnellement compétentes. Avec le recul, il est permis de juger que ce n'était pas faux. Mais après ce moment d'accomplissement, il s'est produit une mutation des élites.
Les facteurs de cette révolution sautent aux yeux : la globalisation économique, la relance européenne qui va faire de Bruxelles un échelon déterminant de la vie des communautés politiques, la vague néolibérale, l'individualisation. Ce qui s'est passé là ne se réduit pas, comme on le dit trop vite, à un recul de l'Etat par rapport au marché. Derrière le recul de l'Etat, il y a un phénomène de décomposition de la fonction gouvernante : l'image de ce que "le pouvoir" veut dire explose littéralement. Pour reprendre une formule de Durkheim, le pouvoir était identifié classiquement comme un "cerveau social". Il était l'instance qui servait à penser la collectivité et qui était capable de définir un intérêt général et de conduire le changement. C'est cette fonction classique du pouvoir qui s'est décomposée dans nos sociétés depuis cinquante ans.  Avec, en France, des effets de désorientation politique d'autant plus marqués que ce pays avait misé sur l'Etat plus que les autres.
La dilution de la fonction gouvernante a engendré ce qu'on peut appeler une privatisation morale et sociale des élites. Car l'exercice de cette fonction reposait sur l'identification à un devoir, très puissant, exprimé en France dans la notion de service. L'élite était inséparable d'une éthique du service de la collectivité. Les deux guerres mondiales et la Résistance en avaient renforcé le relief. L'ébranlement de la vision classique de ce que veut dire gouverner ou diriger a complètement brouillé ce devoir des élites envers leur société d'appartenance, et cela dans tous les domaines. Il allait de soi qu'un patron avait pour finalité le bien de son entreprise et sa pérennité, quelque opinion qu'on avait du système de l'entreprise privée. A l'heure de la "valeur pour l'actionnaire", l'idée relève d'un folklore désuet. Même chose dans la sphère politique, chez les élus, bien que cela ait toujours été plus compliqué, dans la mesure où le système représentatif a souvent produit des gens qui étaient surtout intéressés par le pouvoir et sa reconduction ; mais enfin, il existait dans ce personnel mélangé des gens soucieux de servir les intérêts supérieurs du pays. On en a vu !
De cette idée de service, il ne reste plus qu'une relique à usage des discours de directeurs de l'ENA pour la promotion sortante. Nous sommes passés dans une société où individualisme signifie qu'il est de la nature de chaque individu de poursuivre son intérêt personnel dans un cadre où l'intérêt général n'est que la somme des intérêts particuliers. Cette philosophie est l'exact inverse de celle qui avait présidé à la valorisation du rôle des élites. On voit tout de suite ce qui va en résulter : du côté des patrons, la flambée des rémunérations et des stock-options ; du côté des fonctionnaires, le passage au premier plan des "carrières". Chez les politiques, le but d'un candidat n'est plus rien d'autre que de gagner les élections, il n'y a plus grand monde pour l'ignorer. Etonnez-vous que le regard des populations ait changé !"

Marcel GAUCHET, Comprendre le malheur français, Paris, Stock, 2016, pp. 296-298.


samedi 16 avril 2016

Spring




















"Sound the Flute !
Now it's mute.
Birds delight
Day and Night.
Nightingale
In the dale
Lark in Sky
Merrily
Merrily Merrily  to welcome in the Year

Little Boy
Full of Joy."

Little

William BLAKESongs of Innocence and of Experience, Oxford, OUP &The Trianon Press, 1967.

dimanche 10 avril 2016

De Gaulle et l'Europe













 "Il faut quand même rappeler que c'est lui qui a mis en place le principal pilier européen, en effectuant la réconciliation franco-allemande ! Elle était amorcée par la déclaration Schuman, mais il restait à la symboliser hautement comme ce sera fait avec l'invitation solennelle du chancelier Adenauer. Replaçons-nous à l'époque : ce geste avait quelque chose de fortement subversif, car les  passions étaient loin d'être éteintes. L'Europe sans cette réconciliation franco-allemande franche et massive eût été simplement impossible. Par ailleurs, de Gaulle reçoit les institutions dans sa corbeille, le traité de Rome ne l'ayant pas attendu pour être signé. Mais il a de l'Europe une idée extrêmement déterminée, qui sera concrétisée dans le plan Fouchet de 1961 : une Europe des Etats, construite autour du couple franco-allemand et indépendante des Etats-Unis. C'était se mettre beaucoup de monde sur le dos : les fédéralistes poursuivant l'idée d'un dépassement des nations et les atlantistes attachés par-dessus tout à l'alliance américaine. Au regard de l'europhilie qui s'est développée dans la suite, de Gaulle est invariablement présenté comme le défenseur d'une "Europe de papa" ignorant le génie propre de cette construction politique d'un genre nouveau... Je crains que l'actualité ne soit pas sans lui donner quelques arguments rétrospectifs, relativement à ce qu'on pouvait attendre d'une Europe supranationale. De ce point de vue, si l'on construit une gigantomachie rétrospective opposant de Gaulle, avec son Europe des nations, et Mitterand, qui ouvre grand la porte à l'Europe supranationale, j'ai peur qu'elle ne valide plutôt la vision gaullienne que la vision mitterandienne. Je me demande si nous ne sommes pas en train de découvrir que c'est à la façon de De Gaulle que nous aurions dû avancer !
La postérité a été très sévère et injuste avec lui sur ce point, en l'enfermant dans un nationalisme jugé archaïque. Car, qu'avons-nous d'autre aujourd'hui sinon une Europe des nations entravée ? Les nations, affaiblies, demeurent, les institutions supranationales ne fonctionnent pas, et le tout se solde par une absence intégrale de pensée stratégique européenne et de capacité à s'insérer dans le monde d'une manière active. Nous y reviendrons en détail, la crise européenne n'est pas sans donner raison à une vision gaullienne qui a été largement conspuée."

Marcel GAUCHET, Comprendre le malheur français, Paris, Stock, 2016, pp.84-85.

lundi 4 avril 2016

"Rabbouni !" (Maître !)


















"Or, un maître est toujours plus qu'un enseignant : avec lui, l'amphitéâtre devient chambre haute, le discours professoral est dépassé par l'appel  à poursuivre, nous entrons dans ce qui est tellement intime et singulier sous la banalité même des mots que c'est d'abord moi que cela concerne et que personne ne pourrait l'entendre à ma place. L'élève se change en témoin : ce n'est plus le seul contenu de la leçon, mais la contenance du maître qu'il importe de transmettre, sa manière de vivre, et pour cela il n'est pas d'autre possibilité que d'entrer dans cette manière de vivre - à sa suite, c'est-à-dire aussi originalement que lui."

Fabrice HADJADJ, Résurrection mode d'emploi, Paris, Magnificat SAS, 2016, p. 68.

mercredi 27 janvier 2016

L'économie au service du bien commun

 













"Pour qu'il continue d'être possible de donner du travail, il est impérieux de promouvoir une économie qui favorise la diversité productive et la créativité entrepreneuriale. Par exemple, il y a une grande variété de systèmes alimentaires ruraux de petites dimensions qui continuent à alimenter la plus grande partie de la population mondiale, en utilisant une faible proportion du territoire et de l'eau, et en produisant peu de déchets, que ce soit sur de petites parcelles agricoles, vergers, ou grâce à la chasse, à la cueillette et la pêche artisanale, entre autres. Les économies d'échelle, spécialement dans le secteur agricole, finissent par forcer les petits agriculteurs à vendre leurs terres ou à abandonner leurs cultures traditionnelles. Les tentatives de certains pour développer d'autres formes de production plus diversifiées, finissent par être vaines en raison des difficultés pour entrer sur les marchés régionaux et globaux, ou parce que l'infrastructure de vente et de transport est au service des grandes entreprises. Les autorités ont le droit et la responsabilité de prendre des mesures de soutien clair et ferme aux petits producteurs et à la variété de la production. Pour qu'il y ait une liberté économique dont tous puissent effectivement bénéficier, il peut parfois être nécessaire de mettre des limites à ceux qui ont plus de moyens et de pouvoir financier. Une liberté économique seulement déclamée, tandis que les conditions réelles empêchent beaucoup de pouvoir y accéder concrètement et que l'accès au travail se détériore, devient un discours contradictoire qui déshonore la politique. L'activité d'entreprise, qui est une vocation noble orientée à produire de la richesse et à améliorer le monde pour tous, peut être une manière très féconde de promouvoir la région où elle installe ses projets; surtout si on comprend que la création de postes de travail est une partie incontournable de son service du bien commun."


Pape FRANCOIS
, Loué sois-tu, Lettre encyclique Laudato si' sur la sauvegarde de la maison commune, Paris, Artège, 2015, pp. 101-102.