jeudi 27 avril 2017

Philosophie et culture, nécessité pour notre temps





















"En un sens, la philosophie ne peut rien contre la technique, sauf exister. Tant qu'il y aura un livre de philosophie et un lecteur, tant qu'il pourra s'esquisser une pensée qui procède de la vie, quelque chose échappera à la technique et y résistera. C'est très peu de chose mais c'est peut-être l'essentiel.
Car la philosophie permet de rendre intelligibles les problèmes qui importent, en évitant d'être dupe des pensées qui n'en sont pas. La culture ne se limite évidemment pas à la philosophie. La littérature, la musique, la peinture et toutes les formes de la création en sont parties intégrantes. Mais la culture a besoin de la philosophie  pour ne pas divaguer ni aller à la dérive. 
Or, tout comme la culture a besoin de la philosophie, le monde où nous vivons a besoin de la culture, un besoin vital. Dans une société où le progrès rend le temps libre de plus en plus important, la culture va devenir, si elle ne l'est pas déjà, le premier besoin de l'humanité. Car elle constitue le seul emploi infini de notre énergie, le seul remède contre l'ennui."

Michel HENRY, Entretiens, Paris, Sulliver, 2007, p. 33.

dimanche 16 avril 2017














 La pensée du jour :


"Mais comment désirer la vérité sans rien savoir d'elle ? C'est là le mystère des mystères. Les mots qui expriment une perfection inconcevable à l'homme - Dieu, vérité, justice - prononcés intérieurement avec désir, sans être joints à aucune conception, ont le pouvoir d'élever l'âme et de l'inonder de lumière.
C'est en désirant la vérité à vide et sans tenter d'en deviner d'avance le contenu qu'on reçoit la lumière. C'est là tout le mécanisme de l'attention."

Simone WEIL, Note sur la suppression générale des partis politiques, (nouvelle édition), Paris, Flammarion, "Climats", 2017, p. 40.

lundi 27 mars 2017

Qu'est-ce qu'un sujet ?













"Dans ma pensée est sujet celui qui décide de se montrer fidèle à un événement qui déchire la trame de son existence purement individuelle et atone. L'événement est toujours imprévisible, il fend et bouleverse l'ordre stagnant du monde en ouvrant de nouvelles possibilités de vie, de pensée et d'action. Une révolution en politique, une rencontre amoureuse, une innovation artistique, une découverte scientifique d'ampleur : ce sont là des événements. Ils font surgir quelque chose de profondément inédit, ils donnent lieu à une vérité jusqu'alors insoupçonnée - toute vérité est nécessairement liée, et postérieure, à la survenance événementielle. Le sujet est celui qui ne demeure pas passif devant l'événement ;  il se l'approprie, il s'engage résolument dans l'aventure qui se voit frayée. Le sujet désigne cette capacité d'intervention à l'égard d'un événement et cette volonté de s'incorporer à une vérité, dans un procès durable qui donne à la vie son orientation véritable. Il existe selon moi quatre grands domaines où des vérités se manifestent : la politique, l'amour, l'art et la science."

Alain BADIOU, in Alain Badiou, Marcel Gauchet "Que faire ?", Paris, Philo édition, 2014 et Editions Gallimard, 2016, p. 182 (Collection "Folio").

mercredi 8 mars 2017

Vers une société multiculturelle ?















  
« L’immigration a changé de nature. Il n’y a pas si longtemps, quand les immigrés arrivaient, même en très grand nombre, l’horizon était celui de leur absorption dans le paysage commun, pour devenir des Allemands, des Français ou des Belges comme les autres. Cela n’allait pas sans tensions, mais cela ne posait pas de questions quant à la constitution de la société, seulement des problèmes d’intendance. L’exemple le plus extraordinaire en la matière a été celui du melting-pot américain, qui n’est plus, ce qui fait qu’un pays aussi ouvert à l’immigration que les Etats-Unis est aujourd’hui profondément divisé sur le sujet. Car à partir du moment où on légitime la persévération des identités d’origine, la question surgit de ce qu’est cette société qui se veut constituée de gens dissemblables. Une « société des étrangers », tenue par les seuls liens du droit ? Une telle société est-elle viable ? Ce sont les interrogations béantes qui sont devant nous. »



Marcel GAUCHET, La liberté, et après ? propos recueillis par Daoud Boughezala et Elisabeth Lévy, in revue « Causeur » N° 44, mars 2017.

mercredi 15 février 2017

Mysticisme













 "C'est ... le mysticisme de tous les temps et de tous les peuples qui ne cesse de lutter pour cette double tâche spirituelle : pour la tâche qui consiste à saisir le divin dans sa totalité, dans son intériorité et sa richesse de contenu les plus nobles et les plus concrètes et en même temps à éloigner de lui toute particularité du nom ou de l'image. Ainsi tout mysticisme vise un monde au-delà du langage, un monde du silence. Dieu, comme il est dit chez Maître Eckhart, est "fondement simple, le désert silencieux, le silence simple" ; car "sa nature est d'être sans nature."

Ernst CASSIRER, Langage et mythe, Paris, Les éditions de Minuit, 1973, p. 93.