mercredi 8 novembre 2017

De la peinture



"Comment peindre l'âme, la faire voir ? Voilà le problème esthétique. Kandinsky a été amené à montrer que la couleur ne se propose pas seulement à la vue, mais qu'elle est en nous impression : elle n'est pas une qualité objective, elle agit sur notre pathos. Ses analyses sur la dynamique des couleurs sont très précises, qu'il s'agisse du jaune qui nous agresse alors que le bleu nous apaise. Agression, apaisement sont des modalités de notre âme. On peut donc démontrer que toute couleur est double : elle est visible mais l'invisible est sa véritable réalité. Tout élément pictural est donc à la fois extérieur et intérieur. Kandinsky a établi que tout peinture, et pas seulement la peinture abstraite, repose sur l'invisible et qu'on choisit une couleur en raison de son pouvoir dynamique et émotionnel. La peinture constitue dès lors la démonstration que la réalité essentielle est invisible. Elle ne donne donc pas seulement à voir mais surtout à sentir. Et elle ne fait voir l'invisible qu'à proportion où elle donne à sentir. Elle fait bien plus sentir le visible que voir l'invisible, car elle invisibilise le visible. Telle est la nature profonde de la peinture."

Michel HENRY, Entretiens, Sulliver, 2007, p. 110.
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