lundi 13 novembre 2017

L'expérience de l'icône et la relation éthique




















 "... il y a un cas où l'objet de l'expérience - c'est pour ça que ce n'est pas un objet et qu'il n'y en a pas d'expérience de lui au sens habituel du terme - ne peut pas être rapporté à un je transcendantal qui le garde en le regardant, c'est le cas du regard d'autrui, précisément, c'est-à-dire l'exigence éthique. Dans le regard de l'autre, le regard dominant auquel tout est rapporté n'est pas le mien, c'est le sien. Je suis dans une situation d'être sous le regard de l'autre. Tant que c'est moi qui organise, comme un phénomène relatif à moi le regard d'autrui, je ne suis pas dans une relation éthique et autrui n'est pas un autrui à proprement parler. Il ne le devient que lorsque c'est moi qui suis convoqué sous son regard. Donc l'irregardable, c'est-à-dire l'expérience de l'icône, est irregardable parce que c'est l'expérience d'être regardé. Lévinas ou l'icône, d'une certaine manière, disent la même chose, l'expérience d'être regardé, donc de perdre la domination sur le monde par l'antériorité de mon regard sur tous les objets du monde."

Jean-Luc MARION, Ce que nous voyons et ce qui apparaît, Paris, INA éditions, 2015, p. 63.
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